Vous regardez des séries que vous détestez ? Le « hate-watching » a une explication psychologique étonnante

Aux Pays-Bas, une psychologue éclaire cette drôle d’habitude : continuer une série que l’on critique pourtant sans relâche.

Le média en ligne néerlandais LINDA.meiden, dans un article publié le 16 août 2024, s’intéresse au « hate-watching », cette pratique qui consiste à regarder un programme que l’on n’aime pas, parfois avec un plaisir difficile à assumer. La psychologue Gülsüm Öztürk y voit un mécanisme émotionnel qui peut devenir prenant.

Regarder pour mieux critiquer

Le principe paraît contradictoire. Une série agace, ses personnages irritent, son scénario semble invraisemblable, et pourtant l’épisode suivant est lancé. Le téléspectateur ne regarde pas malgré son aversion : il regarde aussi à cause d’elle.

Le « hate-watching » désigne le fait de suivre une émission, un film ou une série dont on rejette le contenu ou le sujet. Il ne s’agit pas seulement de ne pas apprécier une œuvre. La personne traque les incohérences, commente les scènes, relève les erreurs et attend parfois le moment où elle pourra partager son indignation avec d’autres.

Le plaisir ne vient pas nécessairement du programme : il peut naître de la critique, de l’irritation et du sentiment d’avoir repéré ce qui ne va pas.

Cette façon de regarder se distingue d’un divertissement que l’on sait léger ou excessif, mais que l’on apprécie tout de même. Dans le cas du « hate-watching », l’attente initiale est souvent déçue. Le téléspectateur pensait aimer le programme, puis cherche à comprendre pourquoi il le rejette autant.

Une attention proche de celle d’un fan

Paradoxalement, une personne qui déteste une série peut la suivre avec une attention digne d’un admirateur. Elle analyse les personnages, mémorise les détails, remarque les changements dans la réalisation et décortique les choix de production.

Cette implication explique en partie pourquoi il est si difficile d’abandonner. Arrêter en cours de route reviendrait à renoncer à une discussion, à une critique ou à la satisfaction de voir ses propres impressions confirmées. Les plateformes et l’abondance de contenus favorisent aussi cette habitude : une œuvre très commentée reste visible, même lorsqu’elle suscite surtout des réactions négatives.

  • Un épisode provoque de l’agacement.
  • La personne en parle autour d’elle ou sur les réseaux sociaux.
  • Les réactions des autres renforcent son jugement.
  • Elle poursuit le visionnage pour trouver de nouveaux éléments à critiquer.

Pourquoi la colère peut donner envie de continuer

Gülsüm Öztürk relie ce comportement à la fonction ancienne de la haine et de la colère. « Autrefois, la haine avait une fonction importante. En nourrissant ces sentiments, nous devenions plus combatifs », explique-t-elle à LINDA.meiden.

Selon la psychologue, cette énergie pouvait avoir un rôle dans des situations de conflit. Dans un contexte de fiction, elle peut se traduire par une montée d’adrénaline et un sentiment de mobilisation face à ce qui est perçu comme injuste, ridicule ou choquant.

« Cela nous donne un regain d’adrénaline. Cette énergie supplémentaire fait que nous nous opposons à l’injustice et que nous ne nous laissons pas marcher dessus », poursuit Gülsüm Öztürk. Elle ajoute que cette réaction peut aussi nourrir une impression de supériorité ou une logique de camp contre camp.

Pour la psychologue, le cerveau peut réagir à une injustice fictive comme s’il s’agissait d’une émotion réelle.

La réaction est d’autant plus attirante qu’elle reçoit parfois une récompense sociale. Un commentaire mordant peut susciter des approbations. Une critique partagée peut réunir un groupe de spectateurs. La personne associe alors son visionnage à l’attention reçue et au soulagement immédiat de voir son avis validé.

Un cercle qui peut s’installer

Gülsüm Öztürk estime que ce mécanisme peut prendre une dimension compulsive. « Nous associons non seulement ce bon sentiment à la série, mais notre opinion est aussi renforcée et récompensée par les autres », souligne-t-elle. Les retours positifs encourageraient alors à recommencer.

Ce cycle n’a pas les mêmes effets chez tout le monde. La psychologue précise que les personnes traversant un sentiment d’impuissance ou d’injustice pourraient être plus vulnérables à cette dynamique. Le visionnage hostile offrirait alors un apaisement rapide, sans régler la source réelle du malaise.

Il ne faut pas confondre une critique ponctuelle, normale face à une fiction, avec une habitude qui occupe trop de place. Regarder une série en commentant ses défauts peut rester un loisir partagé. La question se pose lorsque l’irritation devient la principale raison de lancer un épisode.

Les effets possibles sur le bien-être

La psychologue alerte sur les conséquences possibles d’une exposition répétée à des émotions hostiles. « Les sentiments de haine peuvent, à long terme, entraîner des troubles du sommeil, du stress et des ruminations », affirme-t-elle.

Elle évoque aussi des manifestations physiques comme les douleurs dorsales, les maux de tête ou les migraines. Ces effets ne concernent pas automatiquement tous les téléspectateurs. Ils dépendent notamment de l’intensité du stress ressenti, de sa répétition et de l’état psychologique de chaque personne.

Pour Gülsüm Öztürk, le risque tient au maintien du corps dans une forme de tension. Elle parle d’une réaction primitive qui prépare à l’affrontement, alors qu’aucun danger concret n’est présent devant l’écran. À force, cette disposition peut nourrir une vision plus méfiante ou plus hostile de l’entourage.

Quelle situation en France ?

En France, le phénomène ne relève pas d’une règle particulière ni d’un organisme spécifique. Il s’inscrit dans les usages ordinaires des plateformes, de la télévision et des discussions sur les réseaux sociaux. Les programmes très médiatisés peuvent susciter à la fois une forte audience et de nombreuses critiques, sans que ces deux réalités soient incompatibles.

Pour un spectateur français, le repère le plus simple consiste à observer ce que procure réellement le visionnage. Si la série devient une source régulière de nervosité, de disputes ou de pensées envahissantes, faire une pause peut aider à reprendre de la distance. En cas de stress durable ou de troubles du sommeil, un professionnel de santé pourra proposer un accompagnement adapté.

Critiquer sans se laisser happer

Gülsüm Öztürk ne dit pas qu’il faudrait bannir toute critique. « Il n’est pas grave de regarder quelque chose avec haine, tant que l’on est conscient de ce que l’on fait », indique-t-elle. Son conseil porte surtout sur l’intention : critiquer une œuvre reste possible, mais regarder trop souvent avec une volonté hostile peut finir par peser sur l’humeur.

Une solution concrète consiste à ne pas enchaîner les épisodes sous le coup de l’agacement. Attendre quelques heures, regarder un autre programme ou parler de la série sans chercher à attiser la colère peut modifier le rapport à l’œuvre. Parfois, le plus efficace reste aussi de fermer l’application : ne pas aimer une série n’oblige pas à aller jusqu’au dernier épisode.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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