
Dans les savanes du Kenya, des enregistrements sonores révèlent peu à peu la manière dont les éléphants organisent leur vie collective.
Au parc national d’Amboseli, au Kenya, l’intelligence artificielle aide les scientifiques à distinguer les voix qui se mêlent au sein des troupeaux. Le journal espagnol La Vanguardia rapporte les résultats de ces travaux menés avec l’organisation ElephantVoices et publiés dans la revue scientifique Scientific Reports.
Des chœurs difficiles à interpréter
Les éléphants d’Afrique ne communiquent pas seulement par des appels isolés. Lorsqu’ils se retrouvent, se déplacent ou restent à distance les uns des autres, plusieurs animaux peuvent vocaliser simultanément. Ces échanges forment de véritables chœurs, souvent complexes à écouter et à analyser.
Selon les données présentées par les chercheurs, 60 % des vocalisations enregistrées chez les éléphants prennent la forme de sons qui se chevauchent. Jusqu’ici, les études consacrées à leur communication se concentraient surtout sur les appels individuels. Cette méthode laissait dans l’ombre une large part des échanges collectifs.
Les sons produits ensemble ne sont pas un simple bruit de fond : ils participent aux salutations, au maintien du contact et aux décisions prises par le groupe.
Les chercheurs ont mobilisé 900 enregistrements issus d’une vaste collection audio constituée sur quatre décennies à Amboseli. ElephantVoices y a rassemblé des appels, des gestes et des postures d’éléphants. Une partie des captations a été réalisée depuis des véhicules, à une distance comprise entre 5 et 25 mètres, afin d’obtenir des signaux suffisamment nets.
L’intelligence artificielle à l’écoute des infrasons
L’outil informatique a permis de séparer et d’identifier des grondements très graves, dont certains appartiennent au domaine des infrasons. Ces fréquences sont trop basses pour être entendues par l’oreille humaine, mais elles jouent un rôle central dans les échanges entre éléphants.
L’analyse s’est notamment appuyée sur une famille appelée « EB », un troupeau de 28 membres déjà connu du public à la suite d’un documentaire de la BBC. Les observations ont ensuite été complétées par les données recueillies auprès de 39 autres groupes.
Les scientifiques associent ces chœurs à plusieurs moments précis de la vie sociale :
- les retrouvailles et les salutations entre individus ;
- le besoin de maintenir le contact quand les animaux sont éloignés ;
- l’apaisement des jeunes éléphants lorsqu’ils manifestent de l’inquiétude ;
- la coordination des déplacements et des choix collectifs.
Ces vocalisations donnent donc des indications sur le contexte dans lequel le troupeau se trouve. Elles renseignent aussi sur les liens entre les animaux, parfois au moment même où le groupe semble devoir choisir une direction ou réagir à une situation.
Des voix qui finissent par se rapprocher
Les résultats montrent un phénomène particulièrement parlant : après un certain temps d’interaction, les voix des éléphants deviennent acoustiquement plus proches. Cette convergence n’apparaît pas dans toutes les situations. Elle a été observée lors des prises de contact à distance, des salutations et des moments où le groupe prend une décision.
Joyce Poole, directrice scientifique d’ElephantVoices et auteure principale de l’étude, explique que les vocalisations informent à la fois sur la situation vécue et sur le lien qui se crée entre les participants. « C’est une nouvelle fenêtre pour comprendre la manière dont ils entretiennent leurs liens, négocient leurs déplacements et coordonnent leur vie sociale », souligne-t-elle.
Mickey Pardo, écologue chez ElephantVoices et coauteur des travaux, rappelle que les éléphants possèdent une capacité d’apprentissage vocal connue depuis longtemps. Ils peuvent modifier leurs sons en fonction de ce qu’ils entendent. Les observations réalisées dans la nature apportent un éclairage plus précis sur cette faculté.
Selon Mickey Pardo, les éléphants s’imitent subtilement pendant des échanges qui présentent des ressemblances avec certaines conversations humaines.
Comprendre les déplacements pour limiter les conflits
Cette recherche ne vise pas seulement à mieux connaître la vie sociale des éléphants. Elle peut aussi aider à comprendre pourquoi certains troupeaux s’approchent de zones occupées par les humains ou traversent des espaces agricoles.
Mickey Pardo estime que l’étude de leurs décisions collectives pourrait permettre d’anticiper certains comportements à l’origine de conflits. Dans les régions concernées, l’extension des cultures et des épisodes de sécheresse plus longs et plus intenses réduisent les marges de déplacement des animaux.
Les éléphants dépendent fortement de l’expérience des individus les plus âgés. Cynthia Moss, pionnière de l’étude des éléphants d’Amboseli depuis la fin des années 1960, insiste sur cette transmission du savoir. Les anciens connaissent les itinéraires, les ressources alimentaires et les dangers à éviter.
Le parc national d’Amboseli a déjà permis d’enregistrer plus de 3 500 éléphants depuis le début des suivis. La population y est désormais estimée à environ 1 800 individus. En juillet, 15 éléphants y ont été retrouvés empoisonnés, possiblement par du cyanure ou des pesticides agricoles, selon les éléments rapportés par la source.
Quelle mise en perspective pour la France ?
La France ne compte pas de populations sauvages d’éléphants vivant librement sur son territoire. Les enjeux observés au Kenya n’ont donc pas d’équivalent direct pour les habitants français : il n’existe pas de troupeaux sauvages susceptibles de traverser les cultures ou les villages.
Le sujet intéresse tout de même les chercheurs et les défenseurs de la biodiversité, car il illustre l’utilité de l’analyse acoustique pour suivre les animaux sans perturber leur comportement. Cette approche peut aussi servir à mieux repérer les zones fréquentées, les périodes de tension ou les changements dans l’organisation d’un groupe.
Ce que signifie un infrason
Un infrason est un son dont la fréquence est inférieure à la limite audible par l’être humain. Chez les éléphants, ces grondements graves peuvent transporter des informations à distance. L’intelligence artificielle ne « traduit » pas directement une langue animale mot à mot. Elle compare des caractéristiques sonores, repère des régularités et relie certains signaux à des comportements observés sur le terrain.
Cette précision compte : les chercheurs croisent les sons avec les images, la position des animaux et le contexte de chaque interaction. C’est ce travail patient qui permet d’associer un chœur à une salutation, à l’apaisement d’un jeune ou à la préparation d’un déplacement collectif.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Au Kenya, l’intelligence artificielle décode le langage secret des éléphants : voici comment le troupeau décide où aller est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.