
Aux États-Unis, une anecdote lancée avec de bonnes intentions peut parfois déplacer toute l’attention dans une conversation.
La page source, dont le média et la date de publication ne sont pas indiqués, s’appuie sur les travaux du sociologue américain Charles Derber. Son analyse porte sur un réflexe très répandu : répondre à l’histoire de quelqu’un par une histoire personnelle, au risque de lui retirer la place qu’il venait de prendre dans l’échange.
Quand une anecdote personnelle change le centre de la discussion
Une personne raconte un voyage difficile, un retard d’avion ou une inquiétude familiale. Son interlocuteur répond aussitôt : « Ça me rappelle la fois où… ». La phrase semble créer un lien. Elle paraît montrer que l’on comprend l’expérience décrite, parce qu’on a vécu quelque chose de proche.
Pour Charles Derber, professeur de sociologie à Boston College, aux États-Unis, ce mécanisme peut pourtant révéler une forme de « narcissisme conversationnel ». L’expression ne désigne pas forcément une personne égoïste, arrogante ou volontairement blessante. Elle décrit plutôt une manière de capter l’attention dans les échanges ordinaires.
Dans ses travaux liés à son livre La quête de l’attention, le sociologue distingue deux types de réponses. La première, appelée réponse de déplacement, ramène la lumière vers celui qui répond. La seconde, la réponse de soutien, maintient l’attention sur la personne qui parlait au départ.
Le problème ne tient pas au fait d’avoir une expérience comparable. Il apparaît lorsque l’anecdote personnelle remplace celle qui était en train d’être racontée.
La réponse de déplacement peut être très discrète. Elle ne prend pas toujours la forme d’une interruption. Elle peut commencer par une marque d’empathie, puis glisser rapidement vers un récit plus long, centré sur soi. La personne qui s’était confiée n’a alors plus l’occasion de terminer ce qu’elle voulait dire.
Un comportement souvent involontaire
Ce réflexe est difficile à repérer sur le moment. Lorsqu’un proche évoque la maladie de sa grand-mère, par exemple, un souvenir similaire peut surgir immédiatement. Le raconter paraît naturel. Le cerveau établit des associations et cherche une expérience commune.
Charles Derber ne présente pas chaque anecdote personnelle comme une faute. Une conversation vivante repose aussi sur les souvenirs partagés et les rapprochements. Ce qui compte, selon l’analyse rapportée par la page source, est la répétition du phénomène.
- Une personne raconte régulièrement davantage qu’elle n’écoute.
- Les questions posées servent surtout à préparer sa propre anecdote.
- Les récits des autres sont écourtés ou rapidement remplacés.
- Le sujet initial ne revient jamais après une intervention personnelle.
Pris isolément, un « moi aussi » ne suffit donc pas à qualifier quelqu’un. Sur une semaine, au fil de dizaines de discussions, l’équilibre devient plus visible. Certaines personnes donnent souvent la parole, quand d’autres la récupèrent presque systématiquement.
Pourquoi l’attention partagée compte dans un groupe
La page source cite aussi une étude menée en 2010 par Anita Woolley, chercheuse à Carnegie Mellon, avec une équipe du Massachusetts Institute of Technology. Les chercheurs ont réparti 699 personnes dans de petits groupes de deux à cinq membres. Ils leur ont confié des tâches variées : énigmes visuelles, négociations, séances de recherche d’idées, jeux courts et exercice de conception.
Les chercheurs ont observé un facteur d’intelligence collective : la capacité d’un groupe à bien réussir plusieurs tâches différentes. Cette aptitude prédisait environ 30 à 40 % de la performance d’un groupe face à une tâche donnée, selon les résultats cités.
Le niveau intellectuel individuel ne permettait pas, à lui seul, d’expliquer la réussite collective. La répartition de la parole jouait un rôle notable, avec la capacité des membres à percevoir les émotions des autres.
« Dans les groupes où une personne dominait, le groupe était moins intelligent que dans ceux où les tours de parole étaient répartis plus équitablement », a déclaré Thomas Malone, professeur de management au Massachusetts Institute of Technology et coauteur de l’étude.
Ces travaux concernaient des groupes confrontés à des exercices, pas des relations amicales ou familiales. Ils éclairent tout de même un mécanisme familier : lorsqu’une seule voix prend trop de place, le groupe utilise moins bien les idées, les expériences et les compétences de chacun.
La situation en France
En France, le narcissisme conversationnel n’est pas une catégorie juridique ou médicale officielle. Il ne faut pas non plus le confondre avec le trouble de la personnalité narcissique, qui relève d’une évaluation clinique réalisée par des professionnels de santé mentale.
Dans la vie quotidienne, ce terme peut simplement aider à nommer une dynamique d’échange déséquilibrée. Au travail, dans une réunion d’équipe, une personne peut ramener chaque sujet à ses propres dossiers. En famille, un proche peut répondre à une confidence par une succession de souvenirs personnels. L’effet peut être le même : celui qui parlait au départ a le sentiment de ne pas avoir été entendu.
La différence se joue souvent dans la suite de l’échange. Raconter une expérience comparable n’empêche pas l’écoute, à condition de revenir vers la personne concernée. Une question simple peut suffire : « Et toi, comment cela s’est-il terminé ? » ou « Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? »
La réponse de soutien, une autre manière d’écouter
La journaliste et animatrice de radio Celeste Headlee formule ainsi l’alternative : « Une réponse de soutien dit essentiellement deux choses : “Je t’entends” et “Continue, s’il te plaît”. »
Cette réponse ne réclame pas une technique complexe. Elle consiste à laisser quelques secondes avant de parler de soi, puis à poser une question qui prolonge le récit de l’autre. Elle peut aussi passer par une reformulation : rappeler avec ses propres mots ce que la personne vient d’exprimer afin de vérifier qu’on a bien compris.
Le détail qui peut tout changer
Le moment décisif se situe souvent juste avant la phrase « ça me rappelle ». Une anecdote personnelle n’est pas forcément déplacée. Elle peut créer de la proximité et rassurer quelqu’un qui se sent seul. Elle devient envahissante si elle ferme la porte à l’histoire commencée.
Dans une discussion entre amis, une personne peut ainsi dire : « J’ai vécu quelque chose d’assez semblable. Mais raconte-moi d’abord ce qui s’est passé pour toi. » Cette formulation reconnaît le lien entre les deux expériences sans confisquer la parole.
Le narcissisme conversationnel se construit par petites répétitions. C’est aussi ce qui rend le réflexe modifiable : repérer le moment où l’on s’apprête à reprendre la lumière permet parfois de laisser l’autre finir sa phrase, puis son histoire.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article « Ça me rappelle la fois où… » : ce réflexe anodin en pleine conversation trahit en réalité un narcissisme, selon le sociologue Charles Derber est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.