
En Italie, des rouleaux de papyrus carbonisés par l’éruption du Vésuve pourraient bientôt livrer des textes restés inaccessibles durant près de deux millénaires.
À Herculanum, près de Naples, des chercheurs ont reproduit puis brûlé des parchemins afin de tester une méthode de lecture sans déroulement. Le média scientifique en ligne ScienceAlert rapporte que la présence de plomb dans certaines encres pourrait rendre ces écrits antiques bien plus lisibles aux rayons X.
Une bibliothèque ensevelie depuis l’éruption du Vésuve
Lorsque le Vésuve est entré en éruption, il y a près de 2 000 ans, Herculanum a subi des gaz brûlants, des cendres et des secousses sismiques. La catastrophe a détruit une grande partie de la cité romaine. Elle a aussi, de façon paradoxale, préservé certains objets sous une épaisse couche de matériaux volcaniques.
Parmi eux figure une collection exceptionnelle de rouleaux de papyrus. Des fouilles financées par les souverains Bourbon de Naples les ont mis au jour en 1752. La collection compte aujourd’hui plus de 1 800 rouleaux encore enroulés.
Ces documents constituent la seule bibliothèque antique connue conservée sous cette forme. Leur état reste pourtant très fragile. La chaleur les a carbonisés : ils ressemblent désormais à du charbon friable. Tenter de les dérouler mécaniquement risquerait de les réduire en morceaux.
La difficulté n’est pas seulement de lire les textes : il faut d’abord accéder à leur contenu sans détruire les papyrus.
Du plomb dans l’encre pour faire apparaître les lettres
La nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique PLOS One, s’appuie sur une propriété physique simple. Le plomb absorbe les rayons X bien davantage que le papyrus carbonisé. Si l’encre contient cet élément, les lettres peuvent se distinguer du support lors d’un examen par rayons X.
Selon les chercheurs, le plomb présent dans l’écriture peut absorber jusqu’à 25 fois mieux les rayons X que le papyrus brûlé, composé d’atomes plus légers. Ce contraste forme une signature exploitable sur les images produites par tomographie.
Cette piste ne concerne pas tous les manuscrits de l’Antiquité. Certaines analyses antérieures avaient déjà identifié du plomb dans de vrais rouleaux d’Herculanum, sans en déterminer précisément l’origine. Il pourrait notamment provenir d’un agent ajouté pour modifier le séchage de l’encre. Des textes égyptiens datant de la même période romaine ont aussi livré des traces comparables.
Des papyrus fabriqués puis carbonisés pour l’expérience
Pour vérifier l’efficacité de la méthode, une équipe réunissant notamment des scientifiques de l’université de Californie à Berkeley et de l’Institut national des normes et de la technologie des États-Unis a fabriqué ses propres rouleaux.
Les chercheurs ont employé des matériaux et des procédés inspirés de l’Antiquité :
- du papyrus égyptien ;
- de l’encre noire à base de suie de lampe ;
- une encre contenant différentes concentrations de plomb ;
- un stylet en roseau.
Ils ont inscrit des extraits de textes contemporains et religieux, avant de brûler les rouleaux afin d’imiter l’état des papyrus d’Herculanum. Douglas Seiler, premier signataire de l’étude et membre associé de Berkeley SETI, a réalisé cette carbonisation dans son laboratoire personnel.
Leah Packard-Grams, archéologue et papyrologue à l’université de Californie à Berkeley, estime que « la valeur de ce projet est pratiquement impossible à quantifier ». Elle ajoute : « L’enjeu est le plus grand de l’histoire de la littérature grecque. »
Une lecture en trois dimensions
Les rouleaux modèles ont ensuite été analysés avec le système de tomographie neutronique et à rayons X de l’Institut national des normes et de la technologie, à Gaithersburg, dans le Maryland. La tomographie consiste à produire de très nombreuses images en coupe, puis à les assembler pour reconstituer un objet en trois dimensions.
Les résultats ont donné des images où les caractères tracés avec l’encre au plomb ressortent nettement. « Si vous regardez les images, les lettres s’illuminent comme un arbre de Noël », affirme Douglas Seiler.
Un algorithme conçu à l’origine pour dérouler virtuellement des images de batteries lithium-ion a aussi joué un rôle central. Son adaptation a permis de suivre les variations d’épaisseur des rouleaux et de mettre à plat, numériquement, leur surface courbe.
Le principe est de dérouler le manuscrit à l’écran, couche après couche, sans toucher physiquement au papyrus.
Quels textes pourraient réapparaître
Les rouleaux d’Herculanum pourraient contenir des poèmes de batailles, des textes stoïciens, des traités philosophiques et des écrits liés à l’épicurisme, courant fondé par Épicure. Ils pourraient aussi renfermer des œuvres qui n’ont jamais été copiées ailleurs.
Un rouleau une fois déroulé peut atteindre environ dix mètres de long. Chaque texte susceptible d’être lu sans manipulation directe représente donc un gain majeur pour les historiens, les spécialistes des langues anciennes et les conservateurs.
Jacob LaManna, physicien à l’Institut national des normes et de la technologie, souhaite aller plus loin. « Ce que j’aimerais voir et faire, c’est une étude beaucoup plus rigoureuse des concentrations d’encre ou de ce qu’elle contient, pas seulement du plomb », explique-t-il. Il évoque aussi la création de jeux de données pour entraîner des algorithmes plus solides, capables de lire les vrais rouleaux.
La situation en France face aux manuscrits fragiles
En France, les manuscrits et archives patrimoniales relèvent notamment des bibliothèques, des musées, des services d’archives et des laboratoires de conservation-restauration. La Bibliothèque nationale de France conserve ainsi de nombreux manuscrits anciens et papyrus dans ses collections.
Le cas d’Herculanum reste singulier par l’ampleur de la carbonisation et par le fait que les textes sont toujours roulés. La logique de conservation est en revanche comparable : avant toute intervention matérielle sur une pièce fragile, les spécialistes privilégient autant que possible l’observation et l’imagerie non destructives.
La fluorescence X constitue un autre outil utile dans cette recherche. Un appareil portable peut repérer la présence de plomb dans un rouleau sans l’ouvrir. Les chercheurs pourraient ainsi sélectionner les documents les plus prometteurs avant de mobiliser des équipements de tomographie bien plus lourds.
Les prochaines étapes reposent sur la fabrication d’autres rouleaux expérimentaux, avec des encres, des écritures et des langues variées. Après carbonisation, ces modèles permettront de mesurer ce que les systèmes d’intelligence artificielle parviennent réellement à restituer. Les scientifiques cherchent ainsi à éviter qu’un mot mal interprété par un programme ne transforme, à tort, un texte antique en faux témoignage du passé.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Ils ont brûlé leurs propres parchemins : 2 000 ans après le Vésuve, l’encre cachée s’est enfin révélée est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.