
Aux États-Unis, une équipe de recherche s’intéresse à une facette méconnue du TDAH : une attention plus large, parfois propice aux idées nouvelles.
Le média scientifique en ligne SciTechDaily rapporte les travaux de Radwa Khalil, neuroscientifique à Constructor University, publiés dans la revue iScience. Leur point de départ : les difficultés d’attention liées au TDAH peuvent aussi recouvrir certains mécanismes cérébraux impliqués dans la créativité.
Un trouble souvent regardé sous le seul angle des difficultés
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH, peut rendre plus complexe l’organisation d’une tâche, le maintien de l’attention, la gestion des impulsions ou l’attente. Ces difficultés ont des conséquences concrètes à l’école, au travail, dans les relations sociales et dans la vie quotidienne.
Les chercheurs invitent pourtant à ne pas réduire les profils concernés à leurs seules fragilités. Leur étude rassemble des résultats issus de plusieurs domaines afin d’examiner les liens entre les réseaux cérébraux de l’attention et ceux qui interviennent dans la pensée créative.
Les mêmes mécanismes qui peuvent compliquer une tâche répétitive ou très cadrée pourraient, dans certains contextes, faciliter l’exploration d’idées inattendues.
« Il existe une tendance à considérer les troubles liés à l’attention, comme le TDAH, uniquement sous l’angle du déficit : ce qui ne va pas, ce qui manque ou ce qui doit être corrigé », explique Radwa Khalil.
La chercheuse ne présente pas le TDAH comme un avantage en soi. Elle souligne plutôt qu’un fonctionnement neurodivergent ne se limite pas forcément à des problèmes. Selon elle, il peut ouvrir « des voies vers une pensée créative puissante lorsqu’il est orienté de manière appropriée ».
La métaphore d’un projecteur plus large
Pour illustrer son propos, Radwa Khalil compare l’attention à un projecteur. Une personne peut généralement diriger ce faisceau vers une seule information ou une seule action. Chez certaines personnes ayant un TDAH, le faisceau serait plus large et capterait simultanément davantage d’éléments.
Cette attention élargie peut devenir pénible lorsqu’une activité impose de rester concentré longtemps sur un objectif unique. Lire un document dense, suivre une consigne en plusieurs étapes ou terminer une tâche administrative peut alors demander un effort considérable.
Dans un cadre plus ouvert, ce même fonctionnement peut favoriser les associations d’idées. L’esprit circule plus facilement entre des informations éloignées, remarque des détails inhabituels et envisage des solutions qui ne suivent pas le chemin attendu.
« Les cerveaux concernés par le TDAH ont un projecteur plus large, qui capte davantage d’informations à la fois », décrit Radwa Khalil.
Cette attention dite « défocalisée » ne correspond donc pas à une absence totale d’attention. Elle renvoie plutôt à une attention moins étroitement verrouillée sur un seul élément. Les auteurs citent notamment la pensée associative libre : les idées peuvent se déplacer dans des directions imprévues, un processus qui nourrit parfois une intuition créative.
Des effets qui dépendent fortement du contexte
Le contexte compte beaucoup. La capacité à établir des liens originaux ne garantit ni la réussite scolaire, ni la production artistique, ni l’absence de souffrance. Une personne peut avoir de nombreuses idées tout en rencontrant des obstacles pour les structurer, les finaliser ou les présenter.
- Une tâche très répétitive peut accroître la distraction ou la fatigue mentale.
- Une activité ouverte peut laisser davantage de place à l’expérimentation.
- Un cadre clair peut aider à transformer une idée abondante en projet réalisable.
- Le soutien de proches, d’enseignants ou de soignants reste déterminant lorsque les difficultés pèsent sur la vie quotidienne.
Art, musique et mouvement comme pistes de recherche
Les auteurs s’intéressent aux activités créatives telles que les arts plastiques, la musique, la danse, l’écriture ou les jeux vidéo. Ces pratiques pourraient offrir une manière structurée de mobiliser une attention diffuse, au lieu de chercher uniquement à la contenir.
Selon leur hypothèse, créer pourrait aussi solliciter les circuits neuronaux liés au contrôle de l’attention. Cela pourrait contribuer à travailler certaines capacités concernées par l’impulsivité ou l’hyperactivité. Cette perspective demeure une piste de recherche, et non un traitement établi.
« L’expression créative authentique est bien davantage qu’une distraction agréable », affirme Radwa Khalil. Elle estime que ces activités mobilisent les mêmes circuits neuronaux que ceux impliqués dans le contrôle attentionnel, comme un entraînement pour le cerveau.
La chercheuse évoque le cas d’un enfant qui se laisse absorber par un dessin ou par la pratique d’un instrument. Ce moment d’engagement intense pourrait, selon elle, renforcer la capacité à se concentrer en s’appuyant sur son style cognitif naturel plutôt qu’en luttant contre lui.
Ce que cela change en France
En France, le TDAH est un trouble du neurodéveloppement. Son évaluation repose sur un examen clinique mené par des professionnels formés, prenant en compte les symptômes, leur ancienneté, leur intensité et leur retentissement dans plusieurs cadres de vie. Il n’existe pas de test unique permettant, à lui seul, de poser le diagnostic.
La prise en charge peut associer des aménagements scolaires ou professionnels, un accompagnement psychoéducatif, des approches psychologiques et, selon la situation évaluée par un médecin, un traitement médicamenteux. Les activités artistiques ou sportives peuvent avoir leur place dans l’équilibre quotidien, sans remplacer une évaluation ou un suivi lorsque celui-ci est nécessaire.
Une prudence revendiquée par les chercheurs
L’équipe insiste sur les zones d’incertitude. Les liens entre créativité et attention ne sont pas encore totalement compris. Les chercheurs appellent à des études suivant les participants sur la durée, ainsi qu’à une collaboration entre neuroscientifiques, cliniciens et spécialistes des thérapies par l’art.
Cette prudence évite deux écueils : présenter le TDAH comme une simple faiblesse, ou le romantiser comme une source automatique de talent. L’enjeu est plutôt de mieux identifier les environnements, les activités et les accompagnements qui permettent à chacun de s’appuyer sur ses ressources tout en limitant les difficultés les plus handicapantes.
Pour les familles comme pour les adultes concernés, cette approche rappelle aussi qu’une activité choisie avec plaisir peut avoir un rôle concret : offrir un espace d’expression, renforcer la confiance et donner une forme aux idées qui surgissent parfois en grand nombre.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article TDAH : ce que les chercheurs découvrent sur « l’attention défocalisée », cet atout créatif inattendu du cerveau est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.