
Dans les eaux glacées de l’Antarctique, un bruit répétitif intriguait les sous-mariniers et les scientifiques depuis les années 1960.
Le média en ligne américain Boing Boing rapporte que cette énigme acoustique, longtemps associée à un mystérieux « bio-duck », a finalement été attribuée à un animal bien connu : le petit rorqual antarctique. La fonction exacte de ces appels reste, elle, encore à établir.
Un bruit mécanique entendu depuis des décennies
Le son avait de quoi surprendre. Des personnels de sous-marins naviguant dans les eaux antarctiques l’entendaient au moins depuis 1960. Il se présentait sous la forme d’un cancanement régulier, presque mécanique, diffusé à intervalles rapprochés sous la banquise.
Les chercheurs ont mesuré des impulsions comprises entre 60 et 100 hertz. Elles revenaient toutes les 1,6 à 3,1 secondes. Cette signature sonore était suffisamment reconnaissable pour recevoir un surnom : le bio-duck.
Durant des années, l’origine de ce signal répétitif a figuré parmi les grandes interrogations acoustiques de l’océan Austral.
Le caractère isolé et difficile d’accès de l’Antarctique compliquait les recherches. Les navires ne peuvent pas toujours approcher les zones couvertes par la glace de mer. Observer directement les mammifères marins dans ces conditions reste aussi très délicat.
Des enregistreurs fixés sur deux baleines
La réponse est venue durant l’été austral de 2013. La biologiste marine Denise Risch et son équipe ont posé des appareils d’enregistrement sur deux petits rorquals antarctiques, aussi appelés baleines de Minke antarctiques. Les dispositifs étaient maintenus par des ventouses et fixés depuis une embarcation à l’aide d’une perche.
Ces appareils ne captaient pas seulement les sons. Ils enregistraient également plusieurs données utiles pour comprendre le comportement des animaux :
- la température de l’eau ;
- la pression, indicateur de la profondeur ;
- les mouvements et l’accélération ;
- les variations du champ magnétique ;
- les vocalisations des baleines.
Les deux enregistrements ont duré respectivement 18 heures et 8 heures. Durant cette période, les baleines ont émis 32 appels. Six correspondaient aux sons déjà connus sous le nom de bio-duck.
Un élément a renforcé l’identification : aucun autre mammifère marin ne se trouvait dans un rayon d’un kilomètre autour des animaux suivis. Les scientifiques ont ainsi pu relier le mystérieux bruit aux petits rorquals antarctiques, dont le nom scientifique est Balaenoptera bonaerensis.
Une énigme résolue, mais une fonction encore inconnue
Savoir quelle espèce produit le son ne permet pas encore d’affirmer pourquoi elle le produit. Les chercheurs envisagent plusieurs pistes. L’une concerne l’alimentation.
Les petits rorquals antarctiques se nourrissent notamment de krill, de minuscules crustacés très abondants dans l’océan Austral. Or, le krill effectue une migration verticale quotidienne : il se déplace entre les profondeurs et les couches plus proches de la surface selon le cycle du jour et de la nuit.
L’activité vocale des baleines semble liée à ces déplacements. Les appels pourraient donc contribuer à coordonner la recherche de nourriture ou les déplacements des individus vers des zones où le krill est accessible.
Une autre hypothèse renvoie à la reproduction. La présence acoustique du bio-duck atteint un niveau élevé pendant la période de reproduction des petits rorquals antarctiques. Ces sons pourraient alors participer aux interactions entre individus, notamment dans un contexte de recherche de partenaires.
Les appels pourraient servir à l’alimentation, à la reproduction, ou remplir plusieurs fonctions selon la saison et le comportement des baleines.
Un outil précieux pour suivre les baleines
L’intérêt de cette identification dépasse largement la curiosité scientifique. Chaque espèce de cétacé possède des vocalisations particulières. Lorsqu’un son est attribué avec certitude à une espèce, les hydrophones installés sous l’eau peuvent devenir des outils de suivi très utiles.
Le bio-duck permet désormais de repérer la présence des petits rorquals antarctiques sans les voir. Cette méthode acoustique peut aider à suivre leurs migrations et à mieux estimer leur abondance dans des régions où les comptages depuis un navire sont difficiles, voire impossibles.
La glace de mer gêne les observations visuelles, limite les déplacements des bateaux et rend les campagnes en mer coûteuses. Un capteur immergé peut, lui, recueillir des données durant de longues périodes, y compris lorsque les conditions météorologiques sont hostiles.
Quelle mise en perspective pour la France ?
La France possède une présence territoriale et scientifique en Antarctique, notamment en Terre Adélie. Les milieux polaires intéressent donc directement la recherche française, même si le petit rorqual antarctique vit dans les eaux de l’hémisphère Sud et ne fréquente pas les côtes de la France métropolitaine.
Pour les scientifiques, l’exemple du bio-duck illustre l’intérêt de l’acoustique sous-marine. Cette discipline consiste à écouter et analyser les sons produits par les animaux, les phénomènes naturels et les activités humaines. Elle permet d’étudier des espèces discrètes sans multiplier les approches directes susceptibles de les déranger.
Pourquoi le krill est au cœur de l’affaire
Le krill joue un rôle majeur dans l’écosystème antarctique. Il nourrit de nombreux animaux, dont les baleines, les phoques, certains poissons, les oiseaux marins et les manchots. Suivre les déplacements des baleines peut ainsi apporter des indices sur les zones où cette ressource est disponible.
Le petit rorqual antarctique est une baleine à fanons. Au lieu de dents, il possède des plaques cornées qui filtrent l’eau et retiennent les petites proies. Son observation acoustique offre donc une manière indirecte d’étudier ses déplacements dans un environnement immense, sombre une grande partie de l’année et largement recouvert de glace.
Le mystère du bio-duck montre aussi qu’un son entendu pendant plusieurs décennies peut finir par livrer son origine grâce à des instruments placés au plus près des animaux. Reste désormais à comprendre le langage précis que ces baleines utilisent sous les glaces de l’Antarctique.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
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