
En Irlande, une psychologue clinicienne examine pourquoi les histoires sur autrui attirent autant, entre lien social, distraction et risque d’excès.
Publié le 28 septembre 2026, cet éclairage de RTÉ, le média public irlandais, s’intéresse à une habitude très répandue : commenter la vie des célébrités, des voisins ou des collègues. Niamh Delmar, psychologue spécialisée dans l’accompagnement, rappelle que cette curiosité n’est pas forcément nocive. Tout dépend de sa nature, de sa fréquence et de ses effets sur la personne.
Pourquoi les histoires des autres captent notre attention
Une rumeur de quartier, une affaire judiciaire très médiatisée ou une publication maladroite sur les réseaux sociaux peuvent vite devenir un sujet de conversation. Les plateformes numériques ont renforcé ce phénomène : elles donnent accès, presque sans interruption, aux relations, aux conflits et aux moments intimes exposés par des inconnus ou des personnalités publiques.
Selon Niamh Delmar, cette attraction a une explication psychologique. Le cerveau est particulièrement attentif aux événements chargés d’émotion et aux situations dramatiques. Les informations négatives ou spectaculaires retiennent souvent davantage l’attention que les nouvelles ordinaires ou positives.
Les récits sur autrui peuvent donner l’impression de comprendre les règles d’un groupe, d’être informé et de ne pas rester à l’écart.
La théorie de l’entité sociale, évoquée par la psychologue, avance que ce type de contenu peut nourrir un sentiment d’appartenance. Les discussions en ligne créent des camps, des débats et des communautés provisoires. Partager une information peut aussi donner le sentiment d’avoir une place dans la conversation.
Quand les commentaires renforcent les liens
Toutes les conversations sur des absents ne poursuivent pas le même objectif. Certaines peuvent être neutres, d’autres bienveillantes, d’autres encore blessantes. Dans un cadre professionnel, parler sans malveillance d’une situation connue de tous peut parfois rapprocher les membres d’une équipe. Chacun a alors le sentiment de participer à une expérience collective.
La psychologue rapporte aussi que des travaux ont associé les échanges sociaux constructifs à des effets positifs. Ils peuvent transmettre des repères sur les comportements considérés comme acceptables ou inadaptés au sein d’un groupe.
Un moyen d’observer les autres et soi-même
Les personnes célèbres suscitent un intérêt particulier. Beaucoup projettent sur elles des aspirations liées à l’argent, à la notoriété, à l’apparence ou au mode de vie. Lorsqu’une célébrité rencontre une difficulté, elle peut aussi paraître plus proche et plus humaine.
Les liens dits « parasociaux » jouent ici un rôle. Il s’agit de relations à sens unique : une personne suit une personnalité publique, connaît des éléments de sa vie et ressent parfois une forme de familiarité, alors que cette personnalité ne la connaît pas. Ce mécanisme peut expliquer l’intensité de certaines réactions face à une séparation, une polémique ou un échec médiatisé.
Niamh Delmar estime que suivre les difficultés d’autrui peut offrir un espace relativement sûr pour réfléchir à ses propres émotions. Voir quelqu’un traverser une épreuve peut aider une personne à reconnaître ses inquiétudes ou ses fragilités. Cela peut aussi favoriser l’empathie, à condition de ne pas réduire les individus concernés à un simple spectacle.
- Une conversation peut créer un sentiment d’inclusion.
- Elle peut fournir des repères sur les relations sociales.
- Elle peut distraire temporairement d’une journée stressante.
- Elle peut aussi glisser vers le jugement, l’hostilité ou l’obsession.
Le plaisir peut devenir une fuite
Les échanges sur les autres peuvent procurer une excitation immédiate. La psychologue évoque notamment l’oxytocine, une substance produite par l’organisme et souvent associée aux liens sociaux. Des recherches ont également observé une activation accrue de zones cérébrales liées au contrôle et à la récompense lorsque des personnes entendent des informations de ce type.
Cette stimulation explique en partie pourquoi certains contenus donnent envie d’en consulter toujours davantage. Les histoires très chargées émotionnellement peuvent procurer une sensation agréable, parfois liée au circuit de la récompense et à la dopamine. La dopamine est un messager chimique impliqué dans la motivation et l’anticipation du plaisir ; elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’addiction.
Le problème apparaît lorsque les récits sur la vie des autres prennent trop de place et éloignent une personne de ses propres difficultés.
Niamh Delmar met en garde contre cette forme d’évitement. Il peut sembler plus facile d’analyser les erreurs d’une célébrité, d’un collègue ou d’un voisin que d’affronter un conflit personnel, une fatigue ou une inquiétude. Le temps passé à suivre ces récits peut aussi laisser une impression de vide ou d’épuisement.
La consommation excessive de contenus centrés sur les apparences, les conflits ou les comparaisons sociales est associée à davantage d’anxiété, de symptômes dépressifs et d’insatisfaction corporelle. Cette association ne signifie pas que chaque lecteur ou spectateur développera ces difficultés. Elle invite à observer son propre rapport aux écrans et aux contenus consultés.
Quelle lecture en faire en France ?
En France aussi, les réseaux sociaux, les médias et les conversations privées peuvent amplifier la circulation d’informations non vérifiées. Le droit protège pourtant la vie privée, l’honneur et la réputation des personnes. Diffuser une accusation sans preuve, dévoiler des éléments intimes ou relayer un contenu humiliant peut avoir des conséquences pour la personne visée comme pour celle qui le partage.
Sur le plan de la santé mentale, un psychologue peut accompagner une personne qui se sent envahie par les comparaisons, la consultation compulsive des réseaux sociaux ou l’angoisse suscitée par certains contenus. Le psychologue n’est pas forcément médecin ; il travaille sur l’écoute, l’évaluation et l’accompagnement psychologique. Un médecin peut être sollicité lorsque la souffrance nécessite une prise en charge médicale.
Des repères concrets pour garder de la distance
La psychologue irlandaise recommande de fixer des limites saines et d’évaluer son état après avoir lu ou regardé ce type de contenus. Quelques questions simples peuvent aider : cette consultation détend-elle vraiment ? Provoque-t-elle de la colère, de la culpabilité ou une comparaison douloureuse ? Empêche-t-elle de dormir, de travailler ou de parler à ses proches ?
La curiosité pour la vie des autres fait partie des relations humaines. Elle peut nourrir une conversation ou offrir un moment de distraction. Elle devient plus préoccupante lorsqu’elle remplace durablement les activités, les liens réels et l’attention portée à sa propre vie.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Les ragots sont-ils mauvais pour nous ? Une psychologue clinicienne donne son avis est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.