
Une vaste analyse menée sur des tumeurs félines révèle des mécanismes génétiques proches de ceux observés chez l’être humain.
Publiée le 30 septembre 2026, cette enquête scientifique porte sur des chats domestiques issus de cinq pays. Le média en ligne italien GreenMe rapporte que ces résultats pourraient améliorer la compréhension des cancers chez les animaux comme chez les humains.
Près de 500 tumeurs passées au crible
Les chercheurs ont étudié 493 tumeurs provenant de chats atteints de 13 types de cancers différents. Pour chaque animal, ils ont comparé les cellules de la tumeur avec des tissus sains. Les échantillons avaient déjà été recueillis par des vétérinaires à des fins de diagnostic.
Ce travail, publié dans la revue scientifique Science, a été mené par une équipe internationale dirigée par le Wellcome Sanger Institute. Il constitue une vaste cartographie génétique des cancers félins, un domaine jusqu’ici bien moins documenté que les cancers humains ou canins.
Les scientifiques ont identifié 31 gènes dont les altérations peuvent contribuer au développement des tumeurs chez les chats.
Parmi eux, un nom retient particulièrement l’attention : TP53. Ce gène était muté dans 33 % des tumeurs félines analysées. Les auteurs rapprochent ce résultat des grandes études sur les cancers humains, dans lesquelles TP53 apparaît muté dans environ 34 % des cas étudiés.
TP53, un frein biologique souvent défaillant
TP53 joue un rôle de protection dans les cellules. Lorsqu’une cellule accumule des lésions dans son ADN, ce gène peut ralentir sa multiplication, favoriser la réparation des dégâts ou déclencher sa destruction si elle est trop endommagée.
Quand ce mécanisme est altéré, une cellule porteuse d’anomalies peut continuer à se diviser. Elle peut alors participer à la formation d’une tumeur. Chez l’humain, TP53 fait partie des gènes les plus fréquemment impliqués dans les cancers. La proximité des proportions constatées chez les chats intrigue donc les scientifiques.
L’étude a aussi relevé des pertes des gènes PTEN et FAS, ainsi qu’une augmentation du nombre de copies de MYC. Ces anomalies sont déjà connues dans plusieurs cancers humains.
- TP53 intervient dans la réponse aux dommages de l’ADN ;
- PTEN participe au contrôle de la croissance cellulaire ;
- MYC peut stimuler la multiplication des cellules lorsqu’il est dérégulé ;
- FAS est impliqué dans des mécanismes de mort cellulaire.
Ces ressemblances ne signifient pas que les cancers félins et humains sont identiques. Elles montrent plutôt que certaines voies biologiques utilisées par les cellules tumorales peuvent se retrouver chez plusieurs espèces.
Une piste dans les tumeurs mammaires félines
Les chercheurs se sont intéressés de près au carcinome mammaire félin, une forme de cancer décrite comme agressive. Dans ces tumeurs, ils ont relevé sept gènes moteurs. L’un d’eux ressort particulièrement : FBXW7 était altéré dans plus de la moitié des tumeurs mammaires examinées.
Chez l’humain, des altérations de FBXW7 existent aussi dans certains cancers du sein et ont été associées, dans certaines situations, à un pronostic moins favorable. L’équipe a voulu aller plus loin en cultivant des tumoroïdes à partir de tumeurs de chats.
Un tumoroïde est un petit amas tridimensionnel de cellules tumorales développé en laboratoire. Il permet d’observer le comportement de cellules cancéreuses et de tester leur réaction à certaines molécules, sans intervenir directement chez un animal malade.
Les lignées cellulaires porteuses d’une mutation de FBXW7 se sont montrées plus sensibles à deux chimiothérapies : la vincristine et la vinorelbine.
Les scientifiques ont comparé trois lignées cellulaires avec une mutation de FBXW7 et trois autres qui n’en portaient pas. Ce résultat reste limité à des essais de laboratoire. Il ne permet pas d’affirmer qu’un traitement fondé sur cette mutation est prêt à être utilisé chez les chats.
Des études sur davantage de prélèvements, puis des essais cliniques vétérinaires, seront nécessaires. La piste est concrète : certaines anomalies génétiques pourraient rendre des tumeurs plus vulnérables à des médicaments ciblés.
Des animaux exposés à une partie de notre environnement
Les chats domestiques vivent à nos côtés. Ils partagent une partie de l’air de nos logements, de notre environnement quotidien et de certaines expositions auxquelles les humains peuvent eux aussi être confrontés. Leurs tumeurs apparaissent spontanément au cours de leur vie, à la différence de modèles animaux créés spécifiquement pour la recherche.
Cette particularité intéresse les scientifiques. Elle peut aider à mieux analyser l’influence conjointe de la génétique, de l’environnement et de certaines infections dans l’apparition des cancers.
Dans plusieurs carcinomes épidermoïdes félins, les chercheurs ont notamment repéré des signatures mutationnelles liées aux rayons ultraviolets. Ces traces génétiques correspondent à des dommages de l’ADN provoqués par l’exposition solaire. Des mécanismes comparables sont déjà bien établis dans des cancers de la peau chez l’humain.
Des séquences de papillomavirus ont également été retrouvées dans certains échantillons. L’étude souligne ainsi que la formation d’une tumeur peut résulter d’un ensemble de facteurs, incluant les mutations, le cadre de vie et, dans certains cas, des infections.
Ce que cette recherche peut changer en France
En France, le diagnostic et la prise en charge des cancers chez les chats relèvent des vétérinaires, qui peuvent orienter l’animal vers des structures spécialisées en oncologie vétérinaire lorsque son état le justifie. L’analyse d’un prélèvement tumoral reste déterminante pour identifier la nature exacte d’une masse et guider les choix thérapeutiques.
La cartographie génétique présentée dans cette étude ne remplace pas ces examens. Elle ouvre une perspective : à terme, certaines caractéristiques moléculaires pourraient aider à adapter davantage les traitements au profil de la tumeur d’un chat, comme cela se pratique déjà dans certaines situations en oncologie humaine.
Pour les propriétaires, ces résultats ne constituent pas un motif pour modifier seuls les soins d’un animal ou rechercher des médicaments humains. Les chimiothérapies citées dans l’étude exigent une prescription, une surveillance et une évaluation vétérinaire adaptée à chaque cas.
67 tumeurs avec une cible potentielle
Les chercheurs ont aussi recherché des mutations dites exploitables sur le plan thérapeutique. Il s’agit d’anomalies pour lesquelles l’oncologie humaine dispose déjà d’une piste médicamenteuse ou d’une cible biologique connue.
Ils en ont identifié au moins une dans 67 tumeurs sur 493, soit environ 14 % de l’ensemble analysé. Les gènes concernés comprennent notamment PIK3CA, KIT, FBXW7, PTEN et NF1.
Ces 67 cas ne correspondent pas à 67 traitements immédiatement disponibles, mais à autant de pistes précises à examiner dans de futures recherches.
Cette nuance est centrale. Une mutation commune entre un chat et un humain ne garantit ni la même évolution de la maladie ni la même réponse à un médicament. La dose, la tolérance, la localisation de la tumeur et l’état général de l’animal doivent tous être pris en compte.
La valeur de cette étude tient aussi à son double intérêt. Mieux connaître les cancers félins peut donner de nouvelles options aux chats malades. En parallèle, l’observation de tumeurs apparues naturellement chez des animaux vivant dans un environnement proche du nôtre peut nourrir la recherche sur des mécanismes partagés avec les cancers humains.
Avec 493 tumeurs analysées, 31 gènes moteurs identifiés et plusieurs ressemblances moléculaires documentées, cette carte génétique donne aux chercheurs une base de travail bien plus solide pour étudier les cancers chez le chat.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Ce que les chats peuvent nous apprendre sur le cancer : la nouvelle carte génétique surprend les chercheurs est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.