
Au début des années 1990 au Japon, Mazda s’est offert une liberté créative totale, jusqu’à concevoir une mini-voiture… dans une valise.
À l’époque, ce projet délirant n’avait servi qu’à la communication interne du constructeur japonais. Trois décennies plus tard, un youtubeur spécialisé dans l’auto aux États-Unis a décidé de redonner vie, pièce par pièce, à cette étonnante « voiture-valise ». Un pari technique insensé, raconté par le site spécialisé The Autopian.
Un concept fou né de la période la plus créative de Mazda
En 1991, Mazda se trouve au sommet. La marque vient de remporter les 24 Heures du Mans avec la 787B et sa MX-5 se vend à un rythme effréné. Dans ce contexte d’euphorie, le constructeur lance un concours interne de design sur la mobilité baptisé « Fantasyard ».
Parmi les projets retenus, un groupe d’ingénieurs spécialisés dans les boîtes de vitesses imagine l’un des concepts les plus inattendus de l’histoire automobile : une petite voiture thermique pliable, capable de se ranger dans une valise rigide Samsonite.
Cette « Suitcase Car » de 33 cm³ fonctionnait comme un mini kart à essence, entièrement dissimulable dans un bagage cabine.
Selon un rétrospectif publié par Mazda au Royaume-Uni, seuls trois exemplaires promotionnels de ce véhicule expérimental auraient été construits : un pour l’Europe, un pour le Japon et un pour les États-Unis. Les deux premiers ont été détruits, le dernier repose désormais dans une collection privée américaine.
Un youtubeur décide de recréer la « voiture-valise » Mazda
Face à cette quasi-disparition du concept, un créateur de contenu automobile, connu sous le pseudo « Bucket » sur YouTube, se lance un défi : reconstruire fidèlement la voiture-valise de 1991, à partir de zéro.
Impossible, en revanche, de récupérer les plans d’origine : ils ont été perdus avec le temps. Pour contourner l’obstacle, Bucket contacte directement le responsable de l’entretien du seul exemplaire survivant de la Mazda Suitcase Car. Objectif : comprendre la structure de châssis coulissant permettant de rigidifier l’ensemble une fois déployé.
À partir de ces informations, le youtubeur entreprend de fabriquer son propre « squelette » en aluminium, en soudure TIG, destiné à accueillir un petit moteur récupéré sur une pocket bike, ces mini-motos de loisir très compactes.
Une valise Samsonite moderne comme base
Plutôt que de traquer une vieille coque de valise des années 1990, Bucket opte pour une mise à jour assumée du concept. Il choisit un modèle récent :
« J’ai changé la valise que nous utilisons pour le projet », explique-t-il, avant de présenter une Samsonite Rexton fournie par un représentant nord-américain de la marque.
La coque moderne offre une meilleure rigidité et une fermeture plus fiable, tout en respectant l’esprit d’origine : un bagage dur, capable d’abriter un mini véhicule complet.
Des galères mécaniques… et quelques aveux honnêtes
La reconstruction ne se déroule pas sans accroc. Lors du montage du moteur, Bucket se trompe dans le perçage des supports, rendant définitivement inutilisables certains points de fixation.
Avec humour, il commente son erreur en détournant un célèbre adage d’atelier : « mesurer deux fois, couper une fois » ne fait clairement pas partie de ses habitudes, admet-il en substance.
Faire rouler, puis faire tourner : le casse-tête de la direction
Mettre le kart miniature en mouvement n’est finalement pas l’étape la plus complexe. Le véritable défi réside dans la capacité du véhicule à tourner. Avec un essieu arrière rigide, la petite machine a tendance à filer tout droit, sans vraiment diriger.
Installer un différentiel classique aurait pris trop de place et ajouté un poids important dans un espace très limité. Bucket conçoit alors un système rudimentaire mais efficace :
- utilisation de paliers à semelle (pillow block bearings) découpés et modifiés ;
- création d’un montage permettant à une seule roue motrice de patiner légèrement en virage ;
- résultat : un fonctionnement proche d’un véhicule à simple roue motrice arrière.
Ce montage transforme la Mazda de valise en engin à « une roue motrice », suffisamment maniable sans alourdir la mécanique.
À l’avant, pour la direction, il recycle une trottinette électrique bon marché de type Razor E100. Il en récupère la fourche et la roue, puis conçoit un système de verrouillage rapide permettant de détacher le guidon et de le ranger à plat dans la valise, à côté du siège.
Ce siège, justement, est recouvert d’un sac à riz ancien, apportant une touche vintage inattendue à cet objet déjà très atypique.
Un engin plus abouti que le prototype Mazda de 1991
Selon l’analyse détaillée rapportée par le média spécialisé The Autopian, la réplique de Bucket ne se contente pas d’imiter l’originale : elle l’améliore sous plusieurs aspects, notamment le poids.
| Caractéristique | Prototype Mazda 1991 | Réplique de Bucket |
|---|---|---|
| Poids approximatif | Environ 71 livres | 56,8 livres |
| Type de moteur | Essence, 33 cm³ deux temps | Moteur de pocket bike deux temps |
| Structure | Châssis acier/alu interne Mazda | Châssis alu soudé sur mesure |
| Valise | Samsonite rigide d’époque | Samsonite Rexton moderne |
Avec environ 56,8 livres, soit un peu plus de 25 kg, la réplique se révèle nettement plus légère que le concept originel. Elle reste donc plus facile à soulever pour être rangée dans un coffre de voiture, ce qui renforce, au moins sur le papier, son côté « transportable ».
Des performances étonnantes… pour une valise
Lors de son premier essai à vitesse maximale, la mini voiture atteint environ 33 km/h, soit 20 miles par heure, avant que son créateur ne relâche l’accélérateur, visiblement peu rassuré par l’engin.
Une valise rigide à moteur thermique atteint ainsi la vitesse d’un vélo lancé, dans un vacarme typique du deux-temps.
Bucket reste pourtant très lucide sur l’utilité de son projet. Il reconnaît sans détour que l’idée présente des défauts dès le départ et n’offre quasiment aucun usage pratique réel, hormis son aspect spectaculaire et l’attrait viral de la vidéo.
Pourquoi ce type de projet fascine les passionnés d’auto
Cette reconstruction souligne une tendance bien installée dans la culture automobile, notamment en Amérique du Nord et au Japon : les projets « faits maison », souvent absurdes sur le plan pratique, mais brillants sur le plan technique.
Ils permettent à des passionnés de:
- mettre en valeur des savoir-faire en soudure, mécanique et fabrication artisanale ;
- rendre hommage à des concepts oubliés de constructeurs ;
- créer du contenu très visuel, idéal pour les plateformes comme YouTube ;
- tester les limites techniques d’objets du quotidien, comme une simple valise.
La voiture-valise Mazda illustre aussi l’époque où les grands constructeurs autorisaient encore des expérimentations internes très libres, sans objectif commercial direct. Ces initiatives débouchent parfois sur des innovations de série, mais restent souvent au stade de gadget mémorable.
Et en France, que dit la réglementation pour un engin pareil ?
Un lecteur français peut légitimement se demander comment un tel véhicule serait considéré sur la route. En droit français, un kart motorisé ou un engin bricolé de ce type n’est pas assimilé à un simple jouet.
Pour circuler sur la voie publique, un véhicule à moteur doit respecter plusieurs principes :
Un projet comme la voiture-valise de Bucket ne remplit aucun de ces critères. En France, il serait cantonné à un usage strictement privé : terrain personnel, circuit fermé ou événement encadré. Les karts de loisirs ou les prototypes pédagogiques suivent la même logique.
À l’inverse, certains engins compacts homologués existent sur le marché français : quadricycles légers type voitures sans permis, gyropodes, trottinettes électriques répondant aux normes en vigueur, ou encore mini-voitures urbaines. Mais tous ont été conçus dès le départ pour respecter un cahier des charges réglementaire, très loin de l’approche libre et expérimentale de Mazda en 1991 et du youtubeur américain.
Une prouesse technique qui sert aussi de laboratoire d’idées
Au-delà du côté insolite, la reconstruction de cette Mazda de valise illustre plusieurs notions techniques utiles. Le recours à un châssis aluminium maison et à un système de roue motrice unique montre comment il est possible de gagner du poids et de simplifier une transmission dans un espace très limité.
Le choix d’une valise moderne comme coque met également en avant une idée souvent exploitée dans le design industriel : détourner un objet existant, déjà robuste et normalisé, pour l’utiliser comme enveloppe d’un système entièrement nouveau. C’est le cas ici, comme dans certains projets de vélos pliants ou d’accessoires de mobilité ultra-compacts.
Enfin, ce genre de réalisation rappelle qu’un prototype peut cumuler deux fonctions : vitrine de créativité pour une marque, comme Mazda au début des années 1990, et terrain de jeu technique pour des passionnés, trois décennies plus tard. Dans les deux cas, l’objet reste marquant, même sans débouché commercial ni usage quotidien véritable.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
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