Des lézards « Hulk » plus gros et plus agressifs effacent des millions d’années d’évolution : voici ce qui se passe sur les murs

Autour de la Méditerranée, un équilibre ancien entre plusieurs formes de lézards des murailles est en train de se modifier.

Selon Earth.com, média en ligne consacré aux sciences et à l’environnement, une équipe internationale a observé la disparition progressive de certaines couleurs de gorge chez le lézard des murailles. Le phénomène ne concerne pas une espèce envahissante ni une catastrophe écologique extérieure : il résulte d’un changement évolutif au sein même de l’espèce.

Trois couleurs de gorge qui cohabitaient depuis très longtemps

Le lézard des murailles, appelé Podarcis muralis par les scientifiques, vit dans une large partie de la région méditerranéenne. On le reconnaît souvent à sa capacité à grimper sur les pierres, les vieux murs, les façades ou les rochers.

Chez cette espèce, les mâles peuvent présenter trois couleurs de gorge : blanche, jaune ou orange. Ces teintes ne constituent pas un simple détail esthétique. Elles sont déterminées génétiquement et correspondent à des comportements distincts dans les rapports de compétition et de reproduction.

Durant des millions d’années, ces trois formes ont coexisté au sein des mêmes populations. Les biologistes parlent de polymorphisme stable : plusieurs caractéristiques se maintiennent durablement dans une seule espèce, sans qu’une seule ne prenne définitivement le dessus.

La présence simultanée des lézards à gorge blanche, jaune et orange reposait sur un équilibre évolutif particulièrement stable.

Pourquoi les individus rares étaient avantagés

Ce système repose sur un mécanisme appelé sélection dépendante de la fréquence négative. Son principe est simple : une forme obtient un avantage lorsqu’elle est rare, puis cet avantage diminue lorsqu’elle devient trop fréquente.

Lorsque les lézards d’une même couleur deviennent nombreux, ils se retrouvent davantage en concurrence les uns avec les autres. Les deux autres formes peuvent alors regagner du terrain. Cette alternance évitait qu’une couleur élimine toutes les autres.

  • Une couleur rare bénéficiait d’un avantage temporaire.
  • Une couleur dominante subissait davantage la concurrence de ses semblables.
  • Les trois stratégies comportementales pouvaient ainsi perdurer.

Ce type d’équilibre intéresse les chercheurs, car il montre comment la diversité peut se maintenir au sein d’une même population animale sur de très longues périodes.

Le lézard « Hulk » n’est pas une quatrième couleur

Le surnom de lézard « Hulk » décrit des individus verts et noirs, plus grands et particulièrement agressifs. Cette appellation peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas d’une quatrième forme venant s’ajouter aux lézards à gorge blanche, jaune et orange.

Les chercheurs décrivent plutôt un ensemble de traits appelé syndrome nigriventris. Il associe une coloration verte et noire, une taille corporelle plus élevée et un comportement agressif. Ce syndrome apparaît chez des lézards appartenant déjà à la forme à gorge blanche.

Autrement dit, ce nouveau profil ne concurrence pas directement les lézards blancs comme le ferait une population distincte. Il se diffuse parmi eux, en modifiant leurs capacités lors des affrontements territoriaux.

Une agressivité qui dérègle les règles du jeu

L’équipe dirigée par Tobias Uller, professeur de biologie évolutive à l’université de Lund, a étudié les données de près de 240 populations, représentant plus de 10 000 lézards.

Le constat est net : là où les individus verts et noirs se sont propagés, les formes à gorge jaune et orange ont disparu. Les populations qui comptaient autrefois les trois couleurs ne conservent alors plus que la forme blanche.

« Nous observons comment la coexistence de plusieurs formes de couleurs différentes, stable depuis des millions d’années, est perdue à une échelle de temps évolutive très courte », a déclaré Tobias Uller.

L’étude, publiée dans la revue Science le 1er janvier 2026, réunit douze chercheurs d’institutions situées en Suède, en Italie, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Australie. Earth.com a publié son article le 1er octobre 2026.

Une évolution naturelle, et non une invasion

Le résultat peut sembler alarmant, car il évoque la disparition d’une diversité installée depuis des millions d’années. Pourtant, les scientifiques ne décrivent ni l’arrivée d’une espèce invasive, ni un effet direct de la destruction d’un habitat, ni un effondrement provoqué par l’être humain.

La sélection naturelle agit ici de manière ordinaire. Les lézards porteurs du syndrome agressif paraissent plus efficaces dans les conflits territoriaux. Cette domination ne dépend plus de leur rareté dans la population. Le mécanisme qui protégeait les formes jaunes et orange cesse alors de fonctionner.

À l’échelle génétique, la progression du syndrome entraîne l’élimination sélective des variants génétiques associés aux autres formes de gorge. Ce n’est donc pas l’espèce qui disparaît, mais une partie de sa diversité interne.

Le lézard des murailles reste présent : c’est la variété des stratégies et des couleurs au sein de l’espèce qui recule.

Ce que cette observation change pour les biologistes

Les variations de couleur existent chez de nombreux animaux. Elles sont souvent considérées comme des caractéristiques durables, capables de résister aux changements sur le très long terme. L’étude sur le lézard des murailles montre qu’un seul nouveau profil comportemental peut fragiliser cet équilibre.

Cette diversité génétique constitue pourtant une réserve pour l’avenir. Lorsqu’un environnement change, une population disposant de plusieurs caractéristiques peut parfois mieux s’adapter qu’une population devenue plus uniforme.

Tobias Uller souligne ainsi : « En montrant comment des variantes de couleur qui ont coexisté pendant des millions d’années disparaissent, nous comprenons mieux comment l’émergence de nouveaux traits modifie la compétition dans la nature. »

La situation en France

Le lézard des murailles est également présent en France métropolitaine. Il fréquente volontiers les milieux secs et ensoleillés, les murets de pierre, les talus, les jardins, les ruines et les zones rocheuses. Sa présence près des habitations explique pourquoi il est familier de nombreux promeneurs.

La recherche relayée par Earth.com ne signale pas que le syndrome nigriventris provoque actuellement une disparition généralisée des lézards des murailles en France. Elle éclaire surtout un mécanisme évolutif observé à travers un vaste ensemble de populations étudiées autour de la Méditerranée.

Pour les observateurs de la faune, l’enjeu consiste à ne pas limiter l’attention au nombre total de lézards visibles. Une population peut sembler abondante tout en perdant une partie de sa diversité génétique et comportementale. Cette évolution plus discrète est aussi plus difficile à repérer sur le terrain.

Un lézard utile à observer sans le manipuler

Le lézard des murailles participe aux équilibres locaux en se nourrissant de petits invertébrés. Pour l’observer, mieux vaut conserver ses distances et éviter de le capturer ou de le déplacer. Un mur exposé au soleil, une pierre chaude ou un coin de jardin peu fréquenté suffisent souvent à l’apercevoir.

La disparition des formes jaunes et orange rappelle que l’évolution ne conduit pas toujours à une diversité croissante. Elle peut aussi réduire, en quelques générations évolutives, des différences qui semblaient solidement installées.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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