
Au Canada, une étude avance que certains gestes généreux peuvent aussi servir à gagner du terrain dans les rivalités sociales.
Relayée par PsyPost, un média en ligne spécialisé dans la psychologie, cette recherche menée auprès de femmes vivant surtout au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada invite à regarder autrement certains comportements d’entraide. Les chercheurs ne disent pas que la gentillesse serait forcément intéressée. Ils observent plutôt que, dans certaines situations, elle peut devenir un moyen discret d’améliorer son image ou de fragiliser une rivale.
Quand aider peut aussi devenir une stratégie
Les travaux, publiés dans la revue Frontiers in Psychology, portent sur l’« altruisme compétitif ». Cette expression désigne le fait d’aider, donner ou se montrer généreux afin d’en retirer un bénéfice social : une meilleure réputation, davantage d’influence ou le soutien d’un groupe.
La gentillesse et la compétition ne sont pas forcément opposées : certains comportements tournés vers les autres peuvent aussi poursuivre un objectif concurrentiel.
Le concept avait surtout été étudié chez les hommes. Des recherches antérieures avaient notamment associé les démonstrations publiques de générosité à la recherche de statut ou à la volonté de séduire. L’équipe dirigée par Maryanne Fisher, chercheuse en psychologie à l’université Saint Mary’s, au Canada, a voulu déterminer si ce mécanisme pouvait aussi prendre une forme plus discrète chez certaines femmes.
Selon la chercheuse, les rivalités féminines s’expriment souvent sans confrontation ouverte. Elles peuvent passer par la réputation, la mise à l’écart ou les commentaires rapportés dans un entourage. Dans cette logique, se montrer particulièrement serviable peut permettre de réunir des alliés tout en gardant une apparence irréprochable.
Maryanne Fisher résume ainsi l’hypothèse étudiée : « La gentillesse semblait être un outil concurrentiel idéal, car elle permet de gagner des alliés et du statut social tout en étant très difficile à dénoncer comme une forme de compétition. »
Une enquête menée auprès de 103 participantes
Les chercheurs ont recruté 103 femmes cisgenres hétérosexuelles, âgées de 18 à 45 ans. Elles venaient principalement du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada. Elles ont répondu à quinze affirmations portant sur l’usage stratégique de l’aide et de la générosité.
Les participantes devaient notamment indiquer si elles pouvaient rendre service pour obtenir un avantage ou se montrer généreuses afin de mieux paraître qu’une autre personne. Elles ont répondu une première fois en pensant à leurs rapports avec d’autres femmes, puis une seconde fois en pensant à leurs interactions avec des hommes.
L’enquête comportait aussi des outils déjà utilisés en psychologie pour mesurer certains traits de personnalité, parmi lesquels :
- le machiavélisme, associé à une approche calculatrice et manipulatrice des relations sociales ;
- l’agréabilité, qui renvoie notamment à la confiance, à la chaleur humaine et à la coopération sincère ;
- l’extraversion et la conscience professionnelle ;
- le besoin de donner une image socialement valorisée de soi.
Un lien avec une personnalité plus manipulatrice
Les résultats montrent une association entre l’altruisme compétitif et le machiavélisme. Les femmes déclarant davantage recourir à une gentillesse stratégique présentaient aussi plus souvent une vision intéressée et manipulatrice des relations sociales.
À l’inverse, les chercheurs ont constaté un lien négatif avec l’agréabilité. Autrement dit, les participantes qui rapportaient le plus de comportements généreux à visée concurrentielle ne se décrivaient pas comme plus chaleureuses ou plus sincèrement coopératives.
Le score moyen restait faible : 2,51 sur une échelle allant de 1 à 5. Les participantes avaient donc, en moyenne, plutôt tendance à désapprouver les affirmations décrivant une générosité calculée. Cette précision est centrale : l’étude ne permet pas d’affirmer que ce type de comportement serait fréquent dans la vie quotidienne.
Les résultats indiquent quels profils déclarent utiliser cette stratégie, pas à quelle fréquence elle existe ni si elle fonctionne réellement.
Les réponses étaient légèrement plus élevées lorsque les participantes évoquaient leurs rapports avec d’autres femmes, avec une moyenne de 2,58, contre 2,43 lorsqu’elles parlaient de leurs interactions avec des hommes. L’écart reste limité, mais il rejoint l’idée que les rivalités de réputation peuvent se jouer au sein de groupes de pairs.
Des cadeaux et des services qui créent une dette
À la fin du questionnaire, 101 participantes ont décrit des scènes qu’elles avaient observées. Plusieurs situations revenaient régulièrement : offrir un cadeau ou un service pour installer un sentiment de dette, afficher une grande chaleur en public tout en étant désagréable en privé, ou encore multiplier les attentions envers une personne occupant une position d’autorité.
Ces récits ne prouvent pas que les faits décrits se sont déroulés exactement de cette manière. Ils montrent comment les participantes interprètent certains gestes dans leur entourage. Une même aide peut être perçue comme généreuse par une personne et calculée par une autre, selon le contexte et l’histoire de leur relation.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
Les auteurs insistent sur plusieurs limites. L’étude repose entièrement sur les déclarations des participantes. Or une personne soucieuse de préserver son image bienveillante pourrait hésiter à reconnaître une intention manipulatrice. À l’inverse, certaines répondantes ont pu se montrer particulièrement franches sur leurs propres comportements.
Maryanne Fisher souligne aussi que l’enquête n’a porté que sur des femmes cisgenres hétérosexuelles issues majoritairement de pays occidentaux anglophones. Les normes sociales, la manière de vivre la compétition et les attentes liées à la politesse diffèrent d’un pays à l’autre. Il serait donc imprudent de généraliser ces résultats à toutes les femmes.
Daniel Farrelly, enseignant-chercheur en psychologie à l’université de Worcester et non impliqué dans l’étude, rappelle que l’altruisme compétitif ne recouvre pas toutes les formes de générosité. Il s’agit, selon lui, d’« une démonstration très stratégique utilisée dans certaines circonstances ». La présence de ce comportement ne dit donc pas grand-chose, à elle seule, sur la bonté ou la générosité habituelle d’une personne.
La situation en France : prudence face aux interprétations
En France, aucune règle ou institution ne permet de qualifier juridiquement une personne de manipulatrice parce qu’elle offre un cadeau, propose son aide ou se montre particulièrement aimable. Dans la vie professionnelle comme dans la sphère privée, l’intention derrière un geste peut être difficile à établir.
Certains comportements peuvent toutefois devenir problématiques lorsqu’ils s’accompagnent de pressions, de menaces, de harcèlement ou d’un abus de faiblesse. Dans ces cas, ce ne sont pas la gentillesse ou le service rendu qui posent problème en eux-mêmes, mais les méthodes employées et leurs conséquences pour la personne visée.
Dans les relations quotidiennes, un indice utile consiste à observer si l’aide proposée respecte le choix de l’autre. Un geste généreux laisse généralement la possibilité de refuser sans crainte. Lorsqu’un cadeau ou un service devient ensuite un argument pour exiger une faveur, imposer une loyauté ou dévaloriser quelqu’un, la relation peut devenir déséquilibrée.
Des recherches encore nécessaires
Les chercheurs ne savent pas encore si la gentillesse stratégique apporte réellement les avantages espérés. Le questionnaire mesure des intentions déclarées et des comportements rapportés. Il ne permet pas de savoir si les personnes qui reçoivent cette gentillesse accordent ensuite plus de confiance, de soutien ou de statut à celle qui l’a manifestée.
L’équipe envisage donc des recherches fondées sur l’observation de groupes réels et sur des situations où la générosité serait plus ou moins visible. Ces travaux pourraient aussi comparer les comportements d’hommes et de femmes, un point absent de cette première enquête.
Maryanne Fisher tient surtout à éviter une lecture excessive des résultats : « Nous ne voulons pas que les lecteurs pensent que toute gentillesse est fausse. » La plupart des gestes d’aide ne relèvent pas nécessairement d’un calcul. Cette étude met en lumière une possibilité sociale précise, encore préliminaire, et non une règle générale sur les relations humaines.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Les tuer à coups de gentillesse : premières preuves de l’altruisme compétitif chez les femmes est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.