
Dans les eaux glacées de l’Antarctique, un bruit régulier et déroutant a longtemps intrigué les équipages de sous-marins et les spécialistes de l’océan.
Ce phénomène se déroule dans l’océan Austral, autour du continent antarctique. Le site américain d’actualité et de culture Boing Boing rapporte qu’une campagne menée durant l’été austral 2013 a finalement permis de relier ce mystérieux signal sonore à un animal bien connu, mais difficile à observer sous la banquise.
Un bruit entendu pendant plus d’un demi-siècle
Au moins depuis 1960, des personnels embarqués à bord de sous-marins avaient signalé un son inhabituel dans les eaux antarctiques. Il revenait de façon mécanique, avec une cadence très régulière, et évoquait un coassement ou le cri étouffé d’un canard.
Les enregistrements montraient des impulsions basses, comprises entre 60 et 100 hertz. Elles se répétaient toutes les 1,6 à 3,1 secondes. Cette signature sonore était assez reconnaissable pour recevoir un surnom inspiré du canard, sans que les scientifiques puissent en établir l’origine.
Durant des décennies, ce signal a figuré parmi les grandes énigmes acoustiques encore non résolues de l’océan Austral.
Dans cette région, identifier un son est particulièrement complexe. La glace de mer limite les déplacements des navires, réduit les possibilités d’observation directe et masque parfois les animaux. Les chercheurs doivent alors s’appuyer sur l’acoustique sous-marine, une méthode qui consiste à enregistrer et comparer les sons produits dans l’océan.
Deux baleines équipées de balises
L’explication est arrivée en 2013 grâce à une équipe dirigée par la biologiste marine Denise Risch. Les scientifiques ont fixé des dispositifs d’enregistrement sur deux petits rorquals de l’Antarctique, aussi appelés baleines de Minke antarctiques. L’opération a été réalisée depuis un bateau, à l’aide d’une perche et de ventouses.
Les appareils ne se contentaient pas de capter les sons. Ils relevaient aussi plusieurs paramètres permettant de comprendre le comportement des cétacés :
- la température de l’eau ;
- la pression, utile pour connaître la profondeur ;
- les mouvements et l’accélération de l’animal ;
- le champ magnétique ;
- les séquences vocales produites pendant les déplacements.
Les deux enregistrements ont duré respectivement 18 heures et 8 heures. Pendant cette période, les baleines ont émis 32 appels. Six correspondaient aux sons mystérieux déjà captés dans l’océan Austral.
Un élément a renforcé cette identification : aucun autre mammifère marin ne se trouvait dans un rayon d’un kilomètre autour des deux animaux au moment des enregistrements. Les chercheurs ont donc pu attribuer le signal aux petits rorquals de l’Antarctique, dont le nom scientifique est Balaenoptera bonaerensis.
Une réponse, mais encore des questions
L’animal à l’origine du bruit est désormais connu. Sa fonction reste incertaine. Les appels pourraient aider les baleines à se coordonner lorsqu’elles cherchent leur nourriture. Le krill, un minuscule crustacé, constitue en effet une part centrale de leur alimentation.
Des travaux ont établi un lien entre l’activité vocale de ces baleines et la migration verticale quotidienne du krill. Ces crustacés remontent vers la surface et redescendent selon l’alternance entre lumière et obscurité. Les sons pourraient donc servir à maintenir un contact entre individus ou à organiser les déplacements vers les zones d’alimentation.
Une autre hypothèse concerne la reproduction. La présence acoustique des petits rorquals semble atteindre un niveau élevé durant leur période de reproduction. Dans ce cas, les appels pourraient participer à la communication entre partenaires, comme chez de nombreux autres cétacés.
Les chercheurs savent désormais qui produit ce son, sans pouvoir encore déterminer avec certitude ce que les baleines se disent.
Pourquoi cette identification est utile
Cette avancée dépasse la seule résolution d’une énigme scientifique. Les appels des petits rorquals peuvent servir à suivre leurs déplacements dans des secteurs où les comptages visuels restent presque impossibles.
Observer une baleine depuis un navire suppose de pouvoir circuler dans une zone libre de glace et d’apercevoir l’animal au moment où il remonte respirer. Sous la banquise, ces conditions sont rarement réunies. Un réseau d’enregistreurs sous-marins peut, lui, fonctionner longtemps et détecter les vocalisations à distance.
Les biologistes disposent ainsi d’un outil pour mieux estimer la présence des baleines, leur répartition saisonnière et leurs routes de migration. Ces données peuvent aussi aider à étudier les effets des changements de la banquise et de la disponibilité du krill sur les populations de cétacés antarctiques.
La situation en France et dans les eaux françaises
En France, les scientifiques utilisent eux aussi l’acoustique passive pour suivre les mammifères marins. Cette méthode consiste à écouter sans émettre de son : des hydrophones sont installés en mer ou déployés depuis des navires afin d’enregistrer les vocalisations et les bruits ambiants.
Elle peut contribuer au suivi des dauphins, des marsouins et de certaines baleines dans les eaux françaises, notamment lorsque les conditions météorologiques rendent les observations difficiles. L’Office français de la biodiversité participe, avec d’autres organismes scientifiques et associations spécialisées, à la connaissance et à la protection des mammifères marins.
Le cas antarctique illustre un enjeu valable dans toutes les mers : un bruit longtemps inexpliqué n’est pas forcément le signe d’un phénomène inconnu. Il peut révéler l’existence d’une espèce discrète, présente dans une zone difficile d’accès et audible bien avant d’être observée.
Le krill, une ressource au cœur de l’écosystème
Le krill désigne de petits crustacés vivant en groupes très denses dans les mers froides. Ils occupent une position déterminante dans la chaîne alimentaire antarctique. De nombreux animaux en dépendent, parmi lesquels les baleines, les phoques, les manchots et plusieurs espèces d’oiseaux marins.
Pour les petits rorquals de l’Antarctique, repérer les concentrations de krill est une nécessité. Si leurs appels accompagnent réellement les phases d’alimentation, leur étude pourrait éclairer la façon dont ces baleines exploitent un environnement mouvant, obscur et recouvert de glace une grande partie de l’année.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Depuis 1960, les sous-mariniers entendaient un étrange coassement sous la glace de l’Antarctique : il aura fallu 54 ans pour identifier le coupable est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.