Des voix dans sa tête lui disent qu’elle a une tumeur au cerveau : le scanner commandé malgré l’avis des médecins leur donne raison

Une Britannique entend un jour une voix inconnue lui parler. Les médecins ne trouvent rien, mais des messages insistants l’alertent d’un danger grave.

Cette histoire, relatée par le British Medical Journal et reprise par la presse anglo-saxonne, se déroule au Royaume-Uni dans les années 1980. Une femme d’une quarantaine d’années, jusque-là en bonne santé, commence soudain à entendre des voix qui l’avertissent d’un problème médical grave. Longtemps sceptiques, les médecins finissent par accepter de pratiquer un scanner cérébral, uniquement pour la rassurer. Les examens vont pourtant confirmer ce que les voix répétaient.

Une voix « polie » qui surgit en plein après-midi

Nous sommes en 1984, à Londres. Cette femme, identifiée sous les initiales « AB » dans la littérature médicale, lit tranquillement chez elle. Soudain, elle entend une voix qui n’est pas la sienne. Le message est étonnamment posé et structuré. La voix lui dit en substance : « S’il vous plaît, n’ayez pas peur. Je sais que cela doit être choquant pour vous d’entendre que je vous parle ainsi, mais c’est la façon la plus simple que j’ai trouvée. Mon ami et moi travaillions à l’hôpital pour enfants Great Ormond Street et nous aimerions vous aider. »

Pas de menace, pas d’insulte, pas de propos incohérents. Ces voix se présentent comme bienveillantes, presque comme des anciens soignants désireux de lui rendre service. Pour AB, le choc reste immense : elle n’a aucun antécédent psychiatrique sérieux, mène une vie ordinaire, et se retrouve soudain confrontée à un phénomène qu’elle ne comprend pas.

Un psychiatre diagnostique une psychose hallucinatoire fonctionnelle

Désemparée, la quadragénaire consulte un psychiatre londonien, le docteur Ikechukwu Obialo Azuonye, qui rapportera officiellement le cas dans le British Medical Journal en 1997 sous le titre « A difficult case: Diagnosis made by hallucinatory voices ». À l’examen clinique, le spécialiste ne repère aucun signe neurologique évident, aucune anomalie physique, aucune plainte qui évoquerait un problème cérébral classique.

Pour lui, tout pointe vers un trouble psychique : il pose alors le diagnostic de psychose hallucinatoire fonctionnelle. Autrement dit, des hallucinations auditives dans un contexte où le bilan somatique reste normal. Le médecin lui prescrit un traitement antipsychotique, la thioridazine, associé à un suivi psychologique.

  • Diagnostic initial : psychose hallucinatoire fonctionnelle
  • Médicament prescrit : thioridazine (un neuroleptique)
  • Prise en charge : traitement + séances de conseil/psychothérapie

Le traitement semble d’ailleurs efficace. En deux semaines, rapporte le psychiatre, les voix disparaissent. Rassurée, AB part en vacances à l’étranger. L’épisode pourrait s’arrêter là.

Les voix reviennent et annoncent… une tumeur au cerveau

Une fois en vacances, les phénomènes reprennent. Les voix se manifestent de nouveau, mais cette fois avec un message nettement plus précis et alarmant. Elles lui demandent de rentrer immédiatement au Royaume-Uni pour recevoir un traitement. Elles lui donnent même une adresse, qui correspond à un grand hôpital londonien, plus exactement au service de tomodensitométrie, c’est-à-dire le service de scanner.

Les voix lui annoncent qu’elle a une tumeur au cerveau et une inflammation du tronc cérébral, et l’orientent vers un service de scanner précis à Londres.

Pour AB, le doute n’est plus possible : ces voix ne se contentent plus de commentaires vagues, elles formulent un diagnostic détaillé. Malgré l’absence de symptômes physiques flagrants, elle retourne voir le docteur Azuonye, très perturbée par ce message.

Un scanner demandé uniquement pour apaiser la patiente

Sur le plan strictement clinique, le psychiatre n’a toujours aucun argument concret en faveur d’une tumeur cérébrale. Pas de déficit neurologique, pas de maux de tête invalidants documentés dans le rapport, pas de trouble moteur ou sensoriel manifeste. Tout repose sur ces voix que lui décrit la patiente.

Face à sa détresse, il décide tout de même de demander un scanner cérébral, essentiellement pour la rassurer. Dans sa lettre, il explique précisément le contexte : sa patiente entend des voix lui disant qu’elle a une tumeur au cerveau, lui n’a trouvé aucun signe permettant de confirmer cela, mais souhaite exclure une lésion organique.

La demande se heurte à un refus. Le scan est jugé trop coûteux au regard de l’absence de justification clinique. Selon le rapport, il est même sous-entendu qu’il accorde bien trop de crédit aux hallucinations de sa patiente.

Bras de fer administratif autour d’un examen jugé « injustifié »

Le médecin insiste. Après des échanges et des négociations, les services hospitaliers acceptent finalement de réaliser l’examen, en avril 1984. Ce premier scanner révèle alors des anomalies suffisamment inquiétantes pour qu’un second examen, avec produit de contraste, soit programmé en mai.

Ce second scanner met en évidence une masse parafalcine frontale gauche, s’étendant de l’autre côté de la faux du cerveau. Les radiologues identifient une lésion compatible avec un méningiome, une tumeur qui se développe dans les membranes recouvrant le cerveau (les méninges), située entre les deux hémisphères cérébraux.

Les examens confirment l’existence d’une tumeur méningée là où les voix avaient annoncé un problème, alors même qu’aucun signe clinique classique ne la trahissait.

Opération immédiate et… silence définitif des voix

Une fois le diagnostic posé, un neurochirurgien propose deux options à AB : attendre l’apparition de symptômes visibles, ou intervenir sans tarder. La patiente opte pour l’opération immédiate. Elle raconte même que les voix se disent d’accord avec ce choix.

L’intervention a lieu en mai 1984. Selon le cas présenté par le British Medical Journal, l’acte chirurgical se déroule sans complication majeure. Toute la masse tumorale est retirée.

À son réveil, AB entend les voix une dernière fois. Elles la saluent, lui disent qu’elles sont « heureuses d’avoir pu l’aider », puis disparaissent. Elle n’en réentendra jamais plus.

Douze ans plus tard, AB téléphone à son psychiatre pour lui souhaiter un joyeux Noël. Elle lui annonce qu’elle se porte bien, ne prend plus aucun traitement et n’a plus perçu la moindre voix depuis l’opération.

Un cas médical qui divise entre paranormal et neurologie

Présenté lors d’un congrès, ce dossier suscite un vif débat, raconte le docteur Azuonye. Une partie de l’auditoire y voit un argument en faveur d’une dimension paranormale ou inexpliquée. D’autres pensent qu’AB a peut-être caché une information ou disposait consciemment, ou non, d’indices lui permettant de déduire la présence d’une tumeur.

Le psychiatre penche, lui, pour une explication neurologique. Un méningiome de cette taille, estime-t-il, pouvait générer de très faibles sensations, trop discrètes pour que la patiente en prenne clairement conscience, mais assez pour qu’une « partie » de son cerveau enregistre qu’un problème se prépare. Les détails sur les hôpitaux londoniens pouvaient provenir de connaissances anciennes, intégrées puis oubliées.

Pour le médecin, la coïncidence la plus parlante reste la disparition complète des hallucinations immédiatement après l’ablation de la tumeur, ce qui relie directement le symptôme psychiatrique à la lésion cérébrale.

Dans son article, il souligne le caractère unique de ce cas : des hallucinations auditives qui se présentent comme bienveillantes, établissent un diagnostic précis, orientent la patiente vers le bon type de service hospitalier, se réjouissent de son traitement, puis s’évanouissent à jamais une fois la cause organique traitée.

Hallucinations auditives et tumeurs cérébrales : ce que l’on sait

Les hallucinations auditives restent un symptôme fréquent dans certaines pathologies psychiatriques, comme la schizophrénie. Elles surviennent aussi, parfois, dans des contextes neurologiques : épilepsie, accidents vasculaires, tumeurs, maladies neurodégénératives. Les voix peuvent commenter les actions, donner des ordres, insulter, ou au contraire se montrer neutres. Des voix « secourables » et diagnostiques, comme dans le cas d’AB, restent extrêmement rares dans la littérature médicale.

Un méningiome, en particulier, peut longtemps évoluer sans symptôme très net, surtout s’il progresse lentement et n’exerce pas immédiatement une forte pression sur les structures voisines. Selon sa localisation, il peut néanmoins modifier des circuits impliqués dans la perception de soi, du langage interne, voire du contrôle des émotions, ce qui ouvre la porte à des phénomènes hallucinatoires.

Que se passe-t-il en France face à ce type de symptômes ?

En France, lorsqu’une personne consulte pour des hallucinations auditives sans autre signe neurologique évident, le premier réflexe consiste, comme au Royaume-Uni dans les années 1980, à réaliser un examen clinique et un entretien psychiatrique approfondi. Le médecin généraliste, puis éventuellement le psychiatre ou le neurologue, évaluent le contexte : prise de substances, antécédents, facteurs de stress, évolution dans le temps.

La décision de réaliser ou non un scanner cérébral ou une IRM dépend du tableau clinique. En présence de signes neurologiques associés – troubles de la motricité, crises d’épilepsie, maux de tête nouveaux et persistants, confusion –, un examen d’imagerie se justifie plus facilement. Sans signe d’alarme net, certains services hésitent encore à lancer d’emblée des examens coûteux et contraignants, même si les pratiques ont évolué depuis les années 80.

En cas de suspicion de tumeur, le patient peut être orienté vers un service de neurologie ou de neurochirurgie hospitalier. L’Assurance maladie prend alors en charge une grande partie des examens (scanner, IRM) jugés nécessaires par l’équipe médicale. Les décisions restent fondées sur l’analyse des symptômes, de l’examen clinique et, le cas échéant, des résultats de laboratoire.

Quand une intuition ou une angoisse mérite d’être signalée au médecin

Le cas d’AB rappelle à quel point les ressentis des patients jouent un rôle dans le parcours de soins. Même lorsqu’un bilan initial ne révèle rien, une inquiétude persistante, surtout si elle s’accompagne de signaux inhabituels, mérite d’être discutée avec un professionnel de santé. Le médecin garde la responsabilité de juger quelle démarche reste appropriée, mais ces échanges peuvent l’amener à réévaluer la situation.

À l’inverse, les spécialistes mettent en garde contre la tentation d’interpréter chaque voix, chaque sensation étrange comme un signe de tumeur ou de maladie grave. Les hallucinations auditives s’inscrivent dans des contextes très variés : troubles psychiatriques, effets secondaires de certains médicaments, consommation de substances, épisodes liés au sommeil, situations de stress intense.

Ce dossier rare, rapporté par le British Medical Journal, illustre surtout la complexité du lien entre cerveau et psychisme. Il montre comment un même phénomène – des voix dans la tête – peut relever à la fois de tableaux psychiatriques classiques et, dans de rares cas, révéler une atteinte organique précise comme un méningiome.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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