La peur d’être « gênant » vous paralyse ? Ce qui se cache réellement derrière cette angoisse du ridicule

Aux Pays-Bas, la peur d’être jugé ridicule peut freiner les échanges, la créativité et l’expression de soi, notamment sur les réseaux sociaux.

Une plaisanterie ratée, une photo maladroite ou une chanson reprise avec trop d’enthousiasme peuvent suffire à déclencher une vive gêne. Le média néerlandais en ligne LINDA.meiden, dans un article publié le 24 septembre 2025, a interrogé la psychologue spécialisée dans les troubles anxieux Fien Galama sur cette peur d’être perçu comme étrange ou embarrassant.

La honte, une émotion qui peut bloquer

Pour Fien Galama, cette angoisse renvoie d’abord au sentiment de ne pas correspondre à ce que les autres considèrent comme normal. Elle décrit « le sentiment de honte que l’on ressent lorsque l’on a l’impression de s’écarter de la norme », par exemple si d’autres personnes nous trouvent maladroits, bizarres ou étranges.

La peur du ridicule naît souvent de la crainte d’être évalué négativement par les autres.

Cette réaction aurait des racines très anciennes. Selon la psychologue, appartenir à un groupe était une condition de survie pour les humains. Se distinguer pouvait alors exposer une personne à l’exclusion. Cette nécessité d’être accepté resterait présente dans les comportements actuels, même lorsque le danger n’existe plus.

La professionnelle précise que cette peur ne constitue pas, à elle seule, un trouble anxieux. Elle peut toutefois s’inscrire dans un mécanisme d’anxiété sociale : une personne anticipe le regard des autres, imagine leur jugement et finit par éviter certaines situations.

Les réseaux sociaux renforcent l’impression d’être observé

Cette crainte existe dans les interactions quotidiennes, mais elle prend une dimension particulière sur internet. Chaque publication peut être commentée, partagée ou conservée. Fien Galama estime que les utilisateurs des réseaux sociaux se sentent placés « sous une loupe ».

Les personnes nées avant la généralisation d’internet ont découvert ces outils durant leur adolescence ou à l’âge adulte. Les plus jeunes, eux, grandissent dans un environnement où une image, une phrase ou une vidéo peuvent rapidement devenir visibles par un grand nombre de personnes. Cette possibilité alimente une surveillance constante de soi-même.

Une étude de PEW citée par LINDA.meiden indique qu’en 2025, 31 % des jeunes ressentent une pression à publier des contenus populaires. La même proportion dit se sentir mise à l’écart, les filles étant davantage concernées que les garçons selon cette enquête.

Les réseaux sociaux ne sont pas uniquement associés à la pression. Toujours selon les données rapportées, 63 % des jeunes y voient aussi un lieu d’expression créative, où ils ont le sentiment d’être vus et soutenus.

  • Certains y publient des poèmes.
  • D’autres montrent des vêtements qu’ils ont créés eux-mêmes.
  • La danse, le dessin et les vidéos artistiques y trouvent aussi leur place.

Cette visibilité peut donc produire deux effets opposés : renforcer la peur du jugement ou donner à chacun un espace pour affirmer sa personnalité.

Quand on surveille chaque geste et chaque phrase

Le mécanisme décrit par Fien Galama repose sur une auto-observation permanente. La personne relit ses messages, hésite avant de publier une photo, repense longtemps à une conversation ou renonce à prendre la parole. Elle cherche à éviter toute scène qui pourrait lui sembler humiliante.

« Vous commencez à vous censurer et à faire attention à tout ce que vous dites et faites », explique la psychologue. Cette prudence excessive peut limiter l’envie d’expérimenter, de créer ou simplement de se montrer tel que l’on est.

La honte n’a pas qu’un rôle négatif

La honte sert aussi à réguler la vie collective. Elle apparaît dans le rapport aux autres : une personne ne ressent pas la même gêne seule chez elle que lorsqu’elle se sent observée. Cette émotion peut encourager le respect d’autrui et aider à comprendre qu’un comportement a pu mettre quelqu’un mal à l’aise.

Le problème survient lorsque la honte devient envahissante. Elle peut alors empêcher de participer à une discussion, de proposer une idée, de pratiquer une activité ou de faire une rencontre. Fien Galama insiste sur le lien entre la honte et l’image de soi : plus une personne se sent solide dans son propre regard, moins le jugement extérieur prend toute la place.

« Plus l’image que vous avez de vous-même est forte, moins le jugement des autres vous affecte », affirme Fien Galama.

En France, une peur qui peut relever de l’anxiété sociale

En France aussi, la peur intense d’être observé ou jugé peut s’inscrire dans l’anxiété sociale. Ce terme désigne une peur marquée de certaines situations où l’on doit interagir avec d’autres personnes ou s’exposer à leur regard : parler en public, répondre en classe, participer à une réunion, manger devant des inconnus ou engager une conversation.

Un malaise ponctuel ne signifie pas qu’une personne souffre d’un trouble. Beaucoup ressentent de la gêne après une erreur ou avant une prise de parole. La difficulté mérite davantage d’attention lorsque l’évitement devient fréquent et qu’il perturbe les études, le travail, les relations ou les activités habituelles.

Un médecin traitant peut alors orienter vers un professionnel de la santé mentale. L’objectif n’est pas d’effacer toute gêne, mais de réduire la place qu’elle prend dans la vie quotidienne et de retrouver une capacité d’action.

S’exercer à tolérer l’inconfort, pas à se mettre en danger

La psychologue néerlandaise évoque un mouvement chez les jeunes qui consiste à assumer volontairement certains moments embarrassants. L’idée est de constater qu’une situation maladroite ne provoque pas forcément la catastrophe redoutée.

Elle cite une méthode d’exposition consistant à réaliser volontairement de petites actions inconfortables, comme chanter dans le métro ou adresser la parole à un inconnu. L’exposition est une technique utilisée dans certaines prises en charge psychologiques : elle vise à affronter progressivement une situation redoutée, dans un cadre adapté.

Fien Galama conseille de commencer par une action modeste, légale et sans risque. Il peut s’agir de poser une question simple, de donner son avis dans une conversation ou de publier une création personnelle sans chercher à contrôler toutes les réactions.

  • Choisir une situation légèrement inconfortable, mais supportable.
  • Observer ce qui se passe réellement plutôt que ce que l’on redoute.
  • Accepter que la gêne puisse exister sans dicter tous les choix.
  • Éviter de transformer l’exercice en mise en danger ou en provocation.
  • « Tout le monde a peur d’être trouvé bizarre, c’est tout à fait normal », rappelle Fien Galama. Pour elle, se montrer avec ses maladresses peut aussi encourager les autres à abandonner une partie de leur propre masque.

    Une gêne passagère peut être désagréable, mais elle ne définit pas une personne. Lorsque le regard extérieur devient moins central, il reste davantage de place pour les idées, les liens et les activités que l’on souhaite réellement mener.

    Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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