
Un vaste suivi de familles aux États-Unis, sur plus de vingt ans, confirme que le favoritisme parental existe et pèse lourd sur les frères et sœurs.
Longtemps relégué aux confidences de repas de famille ou aux blagues entre frères et sœurs, le sujet de « l’enfant préféré » vient d’être disséqué par la science. Une étude menée pendant plus de deux décennies par l’université américaine de Purdue, en lien avec l’Association américaine de psychologie, et relayée par le média argentin Clarín, montre que deux parents sur trois reconnaissent, explicitement ou non, avoir un favori. Et ce biais ne reste pas sans effet sur les autres enfants.
Une enquête au long cours qui confirme le « mythe »
L’étude citée par Clarín s’appuie sur plus de 550 familles suivies dans la durée. Les chercheurs ont interrogé parents et enfants à plusieurs reprises, sur leurs relations, leurs ressentis et leur trajectoire de vie. L’objectif : vérifier si le favoritisme parental existe réellement, s’il se maintient dans le temps et quels en sont les impacts concrets.
Les chercheurs concluent que le favoritisme parental est stable au fil des années et qu’il influence directement la santé émotionnelle, et même financière, des enfants.
Les résultats sont sans ambiguïté : environ 66 % des parents ont un enfant qu’ils considèrent, d’une manière ou d’une autre, comme « spécial » par rapport aux autres. Ce n’est pas toujours exprimé clairement, mais les frères et sœurs le perçoivent, et ce regard différencié structure les liens familiaux sur la durée.
Les scientifiques ont également observé que ce favoritisme n’est pas un simple épisode passager lié à une période de la vie (maladie, difficultés scolaires, séparation…). Il tend à persister, avec un même enfant qui reste souvent perçu comme plus proche ou plus satisfaisant aux yeux d’un parent.
Des conséquences psychologiques bien réelles pour les « moins aimés »
Ce qui frappe les chercheurs, c’est l’ampleur des répercussions pour ceux qui ne se sentent pas « l’élu ». Se savoir moins soutenu ou moins apprécié ne relève pas seulement d’un malaise diffus : cela laisse, selon l’étude, des « séquelles » durables.
Les enfants qui se vivent comme moins valorisés présentent plus d’anxiété, davantage de symptômes dépressifs et une propension accrue à adopter des conduites à risque.
Parmi ces conduites, les travaux cités par Clarín mentionnent une consommation plus élevée d’alcool ou de tabac. Le sentiment de ne pas être suffisamment estimé par ses parents agit comme un facteur de vulnérabilité psychique, qui peut pousser certains à chercher un apaisement dans ces comportements.
Les chercheurs vont plus loin : selon eux, la qualité de la relation avec les parents pèse, à l’âge adulte, davantage sur le bien-être psychologique et même financier que le niveau d’études ou le salaire. Autrement dit, se sentir soutenu, légitime et reconnu dans sa propre famille compte autant, voire davantage, que la réussite scolaire.
- Un favoritisme ressenti nourrit un sentiment d’injustice.
- Ce sentiment abîme l’estime de soi et la sécurité affective.
- Les tensions entre frères et sœurs peuvent s’installer pendant des années.
- À l’âge adulte, ces blessures pèsent sur la santé mentale et les choix de vie.
Qui devient l’enfant préféré, et pour quelles raisons ?
L’étude relayée par Clarín bat en brèche quelques idées reçues. Contrairement à ce que l’on imagine souvent, l’enfant préféré n’est pas toujours le plus brillant à l’école ou celui qui réussit le mieux professionnellement.
Les chercheurs identifient trois profils récurrents parmi les favoris :
- l’enfant le plus jeune de la fratrie, souvent perçu comme celui qu’il faut encore protéger ;
- l’enfant à la personnalité calme, organisée, jugée « facile à vivre » ;
- celui qui partage les valeurs-clés des parents, qu’elles soient religieuses, politiques ou liées au style de vie.
La proximité de valeurs entre un parent et un enfant compte davantage que la réussite scolaire ou professionnelle pour expliquer le favoritisme.
Ce dernier point est central dans les conclusions avancées. Les parents se sentent généralement plus à l’aise avec le fils ou la fille qui pense comme eux, qui adopte une foi religieuse similaire, des convictions politiques proches ou encore une façon de vivre jugée conforme à leurs attentes. Cette affinité peut rester forte même si cet enfant traverse par ailleurs de grosses difficultés.
À l’inverse, un enfant qui choisit une autre voie, un autre mode de vie, ou qui affiche des opinions très différentes peut ressentir une forme de distance, parfois silencieuse, mais constante.
Peut-on réduire l’impact du favoritisme dans une famille ?
Les travaux cités par Clarín évoquent quelques pistes pour ceux qui se sentent « à l’écart ». Les chercheurs ne prétendent pas effacer des années de ressenti, mais ils suggèrent des leviers pour rendre la relation plus supportable, voire plus équilibrée.
Reconnaître que le favoritisme existe ne signifie pas accepter le conflit comme une fatalité. Cela permet d’en parler et d’essayer de réajuster la relation.
Un des conseils avancés par les auteurs consiste à déplacer le regard : plutôt que de se focaliser uniquement sur les différences, il s’agirait de chercher des points communs, même modestes, avec ses parents. Une passion, un rituel, un souvenir partagé peuvent servir de base à une relation moins asymétrique.
Les psychologues rappellent aussi que le favoritisme parental s’inscrit souvent dans l’histoire personnelle des parents eux-mêmes : beaucoup ont été, dans leur propre fratrie, l’enfant préféré ou l’enfant mis de côté. Comprendre ce schéma transgénérationnel peut aider à prendre du recul.
Frères et sœurs : comment éviter que la rivalité ne s’enkyste ?
Pour les fratries, le principal risque tient à la rivalité durable. Un favoritisme assumé ou perçu peut nourrir jalousies, comparaisons et conflits qui débordent largement de l’enfance.
Les spécialistes de la famille recommandent souvent :
Ce que l’étude dit aux parents en France
Si cette recherche s’est déroulée aux États-Unis, ses conclusions résonnent fortement pour les familles françaises. Les mécanismes psychologiques restitués – besoin de reconnaissance, poids des valeurs partagées, effets sur l’estime de soi – traversent les frontières.
Se croire totalement « neutre » face à ses enfants reste souvent illusoire : l’enjeu, pour un parent, est plutôt de limiter les écarts visibles de traitement.
En France, de nombreux psychologues et pédopsychiatres alertent régulièrement sur l’impact des comparaisons au sein de la fratrie. Les différences de temps accordé, de tolérance face aux erreurs ou de soutien dans les études peuvent être vécues comme des marqueurs de préférence.
Les structures d’accompagnement parental, comme les centres médico-psychologiques, les maisons des adolescents ou les services de protection maternelle et infantile, encouragent souvent les parents à observer leurs gestes du quotidien : à qui parle-t-on le plus ? Qui reçoit le plus de compliments ? Qui est le plus souvent critiqué ? Ces micro-différences, répétées, installent un climat inégal.
Quelques repères pour limiter le sentiment d’« enfant préféré »
Sans garantir l’absence totale de favoritisme ressenti, certains comportements parentaux peuvent réduire les dégâts psychologiques. Les recherches sur la dynamique familiale et l’attachement convergent sur plusieurs points :
| Pratique parentale | Effet possible sur les enfants |
|---|---|
| Éviter les comparaisons directes entre frères et sœurs | Diminue la rivalité et le sentiment d’être « moins bon » |
| Accorder des temps individuels à chacun | Renforce l’idée que chaque enfant compte en tant que personne unique |
| Exprimer clairement l’affection à tous | Rassure sur l’amour parental, même en cas de caractère difficile |
| Reconnaître ses propres biais ou maladresses | Ouvre la porte à un dialogue plus honnête au sein de la famille |
En France, les professionnels de la santé mentale insistent aussi sur un point : un enfant plus fragile ou plus turbulent n’est pas « moins aimable » qu’un frère ou une sœur plus calme. Or l’étude de Purdue montre que les personnalités jugées « faciles » ont tendance à devenir les favorites, ce qui accentue encore la difficulté pour les autres.
Quand demander de l’aide extérieure ?
Dans certaines familles, le sentiment de favoritisme prend une telle ampleur qu’il bloque totalement le dialogue. Les repas tournent au règlement de comptes, ou à l’inverse tout le monde évite soigneusement les sujets sensibles. Dans ces cas, un regard extérieur peut aider.
La thérapie familiale, pratiquée par des psychologues ou des psychiatres formés à cette approche, offre un cadre où chacun peut dire comment il se sent dans la fratrie et dans la relation aux parents. Les professionnels aident alors à repérer les scénarios qui se répètent, à redistribuer la parole et à reconnaître, parfois, qu’un déséquilibre a existé.
Pour un lecteur français, l’étude américaine citée par Clarín rappelle enfin un point concret : les choix économiques ou de carrière peuvent eux aussi être teintés par ces histoires de favoritisme. Un enfant qui se pense « moins capable » parce qu’il a grandi dans l’ombre d’un frère ou d’une sœur idéal(e) risque de viser plus bas, d’oser moins, y compris professionnellement.
À l’inverse, comprendre ces mécanismes, que l’on soit parent ou enfant devenu adulte, peut permettre de revisiter certains choix, de mettre à distance cette hiérarchie implicite des « préférés » et des « oubliés », et de bâtir une trajectoire plus conforme à ses propres envies plutôt qu’aux scénarios familiaux hérités.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article L’enfant préféré existe vraiment : une étude de plus de 20 ans révèle que deux parents sur trois en ont un, et ce n’est pas sans conséquences est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.