
En Suisse, une étude encore préliminaire relance le débat sur ce qui distingue réellement le langage humain des communications animales.
Le média scientifique en ligne ScienceAlert rapporte que des chercheurs de l’Université de Zurich ont analysé les cris de plusieurs primates. Leurs résultats suggèrent que les bonobos, mais aussi deux espèces de singes, pourraient organiser certaines séquences vocales selon des règles plus complexes qu’on ne l’imaginait.
Des cris qui ne se succèdent pas au hasard
Le langage humain ne consiste pas seulement à aligner des mots. Les phrases reposent sur une organisation hiérarchique : certains groupes de mots s’insèrent dans d’autres groupes, ce qui permet de construire des messages longs, nuancés et structurés.
Cette capacité est souvent associée à une forme de grammaire dite « récursive ». Elle permet d’emboîter plusieurs éléments dans une même construction. Pendant longtemps, ce mécanisme a été présenté comme une frontière majeure entre l’être humain et les autres animaux.
Les travaux examinés par l’équipe de Remo Nitschke, linguiste à l’Université de Zurich, viennent bousculer cette idée. Les chercheurs se sont intéressés aux vocalisations de trois espèces de primates :
- le ouistiti commun ;
- le colobe olive ;
- le bonobo.
Les séquences de cris de ces trois espèces semblent parfois répondre à une organisation qui dépasse une simple succession linéaire de sons.
Autrement dit, un cri placé à un endroit donné pourrait dépendre d’un autre élément entendu plus tôt dans la séquence. C’est cette possibilité qui rapproche, sur le plan formel, certains appels de primates de structures présentes dans les langues humaines.
Deux modèles pour étudier des vocalisations encore mystérieuses
Les scientifiques font face à une difficulté majeure : ils ne connaissent pas précisément la signification de chaque son produit par les primates. Ils ne peuvent donc pas traduire les appels comme on traduirait une phrase d’une langue à une autre.
Ils ont choisi une autre voie : l’analyse mathématique. À partir d’enregistrements de parole humaine et de cris de primates, ils ont élaboré deux modèles capables de prédire quel type de son pouvait suivre dans une séquence.
Une comparaison entre deux formes de grammaire
Le premier modèle repose sur une hypothèse simple. Il considère que les sons se suivent de manière linéaire : après un appel donné, un autre appel est plus ou moins probable. Ce fonctionnement correspond à une grammaire régulière probabiliste.
Le second modèle tient compte d’une organisation en niveaux. Il cherche des liens entre de petits groupes de sons inclus dans des ensembles plus larges. Il s’agit d’une grammaire probabiliste libre de contexte, capable de représenter des structures emboîtées.
Les chercheurs ont d’abord testé leur méthode avec des enregistrements humains. Selon eux, cette étape a confirmé que les modèles pouvaient distinguer les organisations attendues dans la parole.
Lorsqu’ils ont appliqué ces outils aux appels des primates, le modèle intégrant des structures hiérarchiques a mieux rendu compte de certaines séquences. Les trois espèces étudiées auraient donc produit des motifs compatibles avec une grammaire dite « supra-régulière ».
« Nous montrons pour la première fois que des animaux produisent des séquences d’appels qui peuvent être décrites par des grammaires récursives supra-régulières », écrivent Remo Nitschke et ses collègues.
Une piste sérieuse, mais pas encore une certitude
Cette étude appelle à la prudence. Elle a été déposée sur bioRxiv, une plateforme de prépublication scientifique. Elle n’avait pas encore été évaluée par des spécialistes indépendants au moment où ScienceAlert en a rendu compte.
Les conclusions reposent aussi sur des probabilités. Les modèles indiquent qu’une organisation hiérarchique explique mieux certaines séquences, sans démontrer avec certitude que les animaux utilisent une grammaire comparable à celle des humains.
Les auteurs soulignent eux-mêmes une autre possibilité. Les regroupements observés pourraient correspondre à une structure formelle sans message grammatical au sens humain. La musique humaine ou les chants d’animaux peuvent, eux aussi, présenter des organisations complexes sans former des phrases.
« Distinguer ces possibilités exige beaucoup plus de recherches », reconnaissent les chercheurs.
La taille limitée des jeux de données constitue une autre réserve. Pour conforter cette hypothèse, il faudrait analyser des ensembles plus vastes, enregistrés dans divers contextes : alarmes, déplacements, contacts entre individus, jeux, rivalités ou interactions entre mères et petits.
Ce que cela change pour l’histoire du langage
Si ces résultats se confirment, la syntaxe complexe ne pourrait plus être considérée comme une apparition soudaine et exclusivement humaine. Elle pourrait avoir des racines plus anciennes, héritées d’ancêtres communs aux humains et à d’autres primates.
Les bonobos occupent une place particulière dans cette réflexion. Avec les chimpanzés, ils comptent parmi les plus proches parents vivants de l’être humain. Étudier leur manière de communiquer ne permet pas de reconstituer directement les premiers langages humains, mais cela aide à identifier les capacités cognitives déjà présentes chez certains primates.
Les chercheurs écrivent que leurs résultats « remettent à l’ordre du jour » la question centrale de l’évolution du langage : si la syntaxe n’est pas la rupture décisive, quel mécanisme a permis le passage d’une communication proche de celle des primates à la parole humaine ?
La situation en France : un sujet suivi par la recherche sur la cognition animale
En France, l’étude de la communication animale relève notamment des sciences du comportement, de la cognition et de l’évolution. Le CNRS et le Muséum national d’histoire naturelle participent à des recherches sur les primates, les oiseaux ou les mammifères marins, afin de mieux comprendre la fonction de leurs signaux sonores et sociaux.
Aucune institution française ne considère à ce stade que les cris de bonobos constituent une langue humaine. La différence reste majeure : les humains associent des mots à des significations partagées, créent des phrases inédites et transmettent des langues au sein de cultures très diverses.
Le débat porte donc moins sur l’idée que les bonobos « parlent » que sur l’ancienneté de certaines briques cognitives. La capacité à organiser des sons, à reconnaître des séquences et à répondre au bon moment pourrait avoir précédé de très loin l’apparition du langage humain tel qu’il est connu.
Comprendre la grammaire au-delà des mots
Dans cette étude, le mot « grammaire » ne signifie pas que les primates appliquent des règles scolaires ou qu’ils maîtrisent des mots comparables aux nôtres. Il désigne une régularité dans la forme des séquences vocales.
Une telle régularité peut renseigner les scientifiques sur les capacités mentales mobilisées par l’animal : mémoire des sons entendus, anticipation d’un appel, reconnaissance d’un ordre ou adaptation au contexte social. C’est pourquoi l’analyse de milliers de vocalisations, associée à l’observation attentive des comportements, sera nécessaire pour donner un sens précis à ces structures.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Les bonobos combinent leurs cris comme nous formons des phrases : la grammaire n’est plus le propre de l’humain est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.