
Aux États-Unis, le sentiment d’isolement gagne du terrain chez les adultes d’âge mûr, au moment où les liens sociaux se fragilisent.
Publié le 19 mars 2024, le média en ligne néerlandais Scientias rapporte les résultats d’une étude comparant les États-Unis et treize pays européens. Les chercheurs y observent un écart marqué entre les deux rives de l’Atlantique chez les personnes âgées de 45 à 65 ans.
Une solitude plus forte chez les Américains d’âge mûr
Les relations amicales évoluent au fil de la vie. Une étude menée en 2016 par l’université d’Oxford relevait déjà que le nombre de liens proches dépend notamment de l’âge et du sexe. Le réseau social atteindrait son niveau le plus élevé autour de 25 ans, avant de se réduire avec le travail, la vie en couple et l’arrivée des enfants.
À partir de 45 ans, le nombre de contacts peut remonter légèrement. Cette tendance ne dit pourtant pas tout du vécu des personnes concernées. Avoir quelques relations ne protège pas automatiquement du sentiment de solitude, qui renvoie aussi à la qualité des échanges et au soutien disponible en cas de besoin.
La nouvelle étude américaine met en lumière une différence nette : les personnes de 45 à 65 ans vivant aux États-Unis se sentent, en moyenne, bien plus seules que leurs contemporains européens.
Les chercheurs décrivent un véritable écart de solitude entre les États-Unis et l’Europe chez les adultes d’âge mûr.
L’analyse porte sur plus de 53 000 participants issus de trois générations successives : la génération silencieuse, née avant 1940, les baby-boomers nés entre 1941 et 1955, ainsi que la génération X, née entre 1955 et 1970. Les données proviennent de plusieurs enquêtes de long terme conduites aux États-Unis et dans treize pays européens.
Un phénomène qui s’est accentué entre 2002 et 2020
Les résultats ne se limitent pas à une photographie ponctuelle. Entre 2002 et 2020, le niveau de solitude a fortement progressé aux États-Unis. Les chercheurs ont aussi constaté une hausse au Royaume-Uni et dans les pays méditerranéens étudiés.
Sur le reste du continent européen, la situation est restée stable ou s’est légèrement améliorée. Les écarts entre pays invitent donc à regarder au-delà des seules caractéristiques individuelles.
Les générations les plus jeunes de l’échantillon semblent particulièrement concernées. Les baby-boomers les moins âgés et les membres de la génération X ont connu une progression plus forte de leur sentiment de solitude que les baby-boomers plus âgés ou les personnes de la génération silencieuse.
Frank Infurna, chercheur principal et membre de l’université d’État de l’Arizona, insiste sur la place particulière de cette tranche d’âge dans la société. « Les adultes d’âge mûr portent une grande partie des charges de la société », explique-t-il. Ils forment une large part de la population active tout en soutenant souvent leurs enfants et leurs parents vieillissants.
Pourquoi cet âge est particulièrement exposé
Entre 45 et 65 ans, beaucoup de personnes font face à des contraintes qui s’additionnent. Elles peuvent devoir concilier emploi, santé, accompagnement d’un proche, difficultés financières ou éloignement géographique de leur famille. Le temps disponible pour entretenir les amitiés se réduit alors rapidement.
- Les obligations professionnelles peuvent limiter les sorties et les échanges réguliers.
- Les séparations, les déménagements ou les deuils peuvent affaiblir un cercle relationnel.
- L’aide apportée aux enfants ou aux parents peut accroître la charge mentale.
- La distance entre les membres d’une même famille rend les soutiens quotidiens moins accessibles.
Des explications sociales plutôt qu’un seul facteur
Les auteurs de l’étude avancent plusieurs pistes pour comprendre l’écart constaté. Les États-Unis se caractérisent par une culture plus individualiste, des liens familiaux souvent plus distendus et une mobilité géographique qui éloigne fréquemment les proches les uns des autres.
L’usage intensif des réseaux sociaux est aussi évoqué. Ces outils facilitent les contacts à distance, mais ils ne remplacent pas nécessairement les conversations, les activités ou l’entraide en face à face. Le fait d’être connecté ne signifie pas toujours que l’on se sent entouré.
La qualité du filet de sécurité social entre aussi en ligne de compte. Les chercheurs citent notamment l’accès aux services de garde d’enfants, aux aides financières et aux dispositifs de protection sociale. Les inégalités de revenus peuvent aussi peser sur la vie relationnelle en réduisant les possibilités de sorties, de déplacements ou de participation à la vie locale.
Selon Frank Infurna, la solitude est un enjeu mondial de santé publique qui nécessite une réponse collective.
Le chercheur rappelle que la solitude est associée à des risques pour la santé. Il évoque ses effets possibles sur le système immunitaire ainsi que son lien avec la dépression, les maladies chroniques et la mortalité. Ces constats ne signifient pas que toute personne isolée développera ces problèmes, mais ils soulignent la nécessité de prendre ce sentiment au sérieux.
Quelle situation en France ?
La France n’est pas directement évaluée dans les éléments détaillés par Scientias. L’étude ne permet donc pas d’affirmer que le pays suit exactement la trajectoire américaine. Elle rappelle néanmoins que l’isolement ne concerne pas uniquement les personnes très âgées ou vivant seules.
En France, l’accompagnement des personnes isolées repose sur plusieurs acteurs de proximité. Les communes et leurs centres communaux d’action sociale peuvent orienter les habitants vers des aides ou des activités locales. Les départements interviennent aussi dans le champ de l’autonomie, tandis que des associations organisent des visites, des appels et des temps collectifs.
Pour les adultes d’âge mûr, le premier obstacle peut être moins l’absence totale de proches que la disparition progressive des occasions de les voir. Un appel régulier, un rendez-vous fixé à l’avance ou une activité partagée peuvent aider à maintenir un lien lorsque le rythme professionnel et familial devient envahissant.
La différence entre isolement et solitude
L’isolement décrit une situation objective : peu de contacts avec l’entourage, la famille ou les voisins. La solitude relève d’un ressenti. Une personne peut vivre seule sans se sentir isolée, grâce à des relations satisfaisantes. À l’inverse, quelqu’un peut être entouré au travail ou en famille tout en éprouvant un manque de soutien ou de compréhension.
C’est cette dimension subjective que les chercheurs cherchent à mesurer. Elle explique pourquoi le nombre d’amis affiché ou la présence sur les réseaux sociaux ne suffit pas à évaluer la qualité réelle des liens.
Dans les pays qui ont nommé des responsables chargés de lutter contre la solitude, comme le Royaume-Uni et le Japon, le sujet est devenu une question de politique publique. L’étude citée par Scientias invite à considérer les relations sociales comme un élément concret du bien-être collectif, au même titre que l’accès aux services et la solidarité entre générations.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Les seniors américains bien plus seuls que les Européens du même âge : l’Europe est-elle en train de suivre le même chemin ? est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.