
Au Royaume-Uni, des psychologues alertent sur les effets d’un collègue aux traits narcissiques, parfois difficiles à identifier au quotidien.
Le quotidien britannique The Telegraph a recueilli les analyses de spécialistes du travail et de la santé mentale. Tous invitent à distinguer un comportement ponctuellement difficile d’un schéma durable de manipulation, de dévalorisation ou de recherche excessive d’admiration.
Un terme à employer avec prudence
Le mot « narcissique » est souvent utilisé pour qualifier une personne jugée arrogante, égoïste ou vaniteuse. Or, le trouble de la personnalité narcissique correspond à un diagnostic clinique. Seul un professionnel de santé peut le poser.
Charlotte Fox Weber, psychothérapeute et autrice, recommande plutôt de parler de « traits narcissiques ». Selon elle, chacun peut rechercher l’attention, la reconnaissance ou l’admiration. La difficulté apparaît quand ce besoin prend toute la place et pèse sur l’entourage.
Un collègue n’a pas besoin d’avoir reçu un diagnostic pour que certains de ses comportements aient des conséquences concrètes sur l’équipe.
La source évoque une estimation selon laquelle 1 à 2 % des adultes présenteraient un trouble de la personnalité narcissique. Elle rapporte aussi que les hommes représenteraient jusqu’à 75 % des diagnostics. Ces données ne permettent pas d’étiqueter une personne au travail : elles servent surtout à rappeler que le phénomène ne se limite pas à une caricature.
Les neuf signes relevés par les psychologues
Sarah Davies, psychologue et autrice spécialisée dans les rapports professionnels, énumère neuf comportements susceptibles d’alerter lorsqu’ils se répètent et s’inscrivent dans le temps.
- Un manque d’empathie : la personne semble indifférente à la fatigue, aux difficultés ou aux limites de ses collègues.
- Un sentiment de supériorité : elle s’attribue volontiers le mérite d’un travail collectif.
- Une obsession du succès ou du pouvoir : ses discours reviennent sans cesse sur son influence, ses exploits ou ses ambitions.
- La conviction d’être à part : elle agit comme si les règles communes ne lui étaient pas destinées.
- Un besoin permanent d’admiration : elle cherche les compliments et réagit mal lorsqu’elle n’en reçoit pas.
- Un fort sentiment de droit : elle réclame les meilleurs horaires, les meilleures places ou des privilèges particuliers.
- Une attitude hautaine : elle rabaisse, critique ou fragilise les autres pour se valoriser.
- L’envie : elle accueille mal la réussite d’un collègue et peut chercher à freiner sa progression.
- L’exploitation des relations : elle utilise les autres comme des moyens d’atteindre un objectif personnel ou professionnel.
Sarah Davies souligne que ces attitudes peuvent être visibles ou beaucoup plus subtiles. Une même personne peut se montrer chaleureuse et soutenante à certains moments, puis froide ou agressive à d’autres. Cette instabilité complique souvent la lecture de la situation.
Quand le travail consiste à gérer l’ego d’un autre
Charlotte Fox Weber propose une question simple pour prendre du recul : passe-t-on son temps à faire son travail, ou à ménager l’ego d’une personne ?
Anticiper constamment l’humeur d’un collègue, peser chaque mot, trop se justifier ou éviter certains sujets par peur d’une réaction disproportionnée peut signaler une relation professionnelle déséquilibrée. La difficulté ne vient pas forcément d’un conflit ouvert. Elle peut naître d’une accumulation de petites pressions, de remarques ambiguës et de changements de ton.
« Si vous anticipez sans cesse leur humeur, adoucissez votre langage ou essayez d’éviter de les déclencher, quelque chose ne va pas », estime Charlotte Fox Weber.
Des effets possibles sur la santé mentale
Travailler durablement avec une personne très critique, imprévisible ou manipulatrice peut affecter la confiance en soi. Claire Hart, professeure associée à l’université de Southampton, décrit des salariés qui ont l’impression de « marcher sur des œufs », sans savoir si un compliment sera suivi d’une critique ou d’une humiliation.
Selon elle, cette incertitude peut favoriser l’anxiété, l’épuisement émotionnel et une baisse de satisfaction au travail. Les personnes concernées peuvent aussi devenir hypervigilantes : elles surveillent les réactions de l’autre, craignent d’être accusées à tort ou cherchent à prévenir un reproche avant même qu’il ne soit formulé.
À la longue, cela peut se traduire par des troubles du sommeil, de l’irritabilité, une perte de motivation ou l’évitement de certaines réunions. La source mentionne aussi, dans les cas les plus graves, des symptômes associés à un trouble de stress post-traumatique après la sortie d’un environnement de travail toxique.
Ces manifestations méritent d’être prises au sérieux, sans s’auto-diagnostiquer ni diagnostiquer un collègue. Elles peuvent avoir de nombreuses causes. Un médecin, un psychologue ou le service de santé au travail peut aider à évaluer une situation qui devient trop lourde.
Comment réagir sans alimenter le conflit
Susanne Braun, professeure spécialiste du leadership à l’université de Durham, rappelle qu’une personne ne change pas forcément parce qu’un collègue lui demande de modifier son comportement. Une confrontation directe peut même aggraver certaines tensions.
Claire Hart conseille plutôt de créer un cadre professionnel clair et traçable. L’objectif n’est pas de « gagner » face à quelqu’un, mais de protéger son travail, sa santé et sa capacité à prendre des décisions sereinement.
La documentation ne consiste pas à interpréter les intentions d’une personne. Elle vise à noter ce qui est vérifiable : un travail attribué à tort, une instruction contradictoire, un message dénigrant, une réunion où un fait précis s’est produit. Cette distinction rend les signalements plus solides et plus compréhensibles.
Ce que prévoit le cadre français
En France, le harcèlement moral au travail ne dépend pas d’un diagnostic psychologique. Le Code du travail vise des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible d’atteindre les droits, la dignité, la santé physique ou mentale, ou l’avenir professionnel d’un salarié.
Un comportement arrogant ou désagréable, pris isolément, ne caractérise pas automatiquement un harcèlement moral. En revanche, des humiliations répétées, des pressions, l’isolement, des objectifs irréalisables imposés de façon abusive ou des dénigrements peuvent justifier une alerte.
L’employeur a une obligation de prévention des risques professionnels. Un salarié confronté à une situation dégradée peut se tourner vers son responsable hiérarchique, les ressources humaines, les représentants du personnel lorsqu’ils existent, le comité social et économique, ou le service de prévention et de santé au travail. L’inspection du travail peut aussi renseigner sur les démarches possibles.
Préserver un espace hors du bureau
Charlotte Fox Weber insiste sur la nécessité de garder des lieux et des moments où l’on ne doit ni se justifier, ni se défendre, ni chercher à apaiser quelqu’un. Les amis, les activités physiques, les loisirs et un accompagnement thérapeutique, lorsqu’il est souhaité, peuvent aider à remettre le travail à sa juste place.
Rester dans un poste ne signifie pas tout supporter. Il peut être utile de préparer une suite tout en continuant à exercer : retrouver des soutiens, clarifier ses compétences, restaurer sa confiance et envisager une mobilité si l’environnement ne change pas. Le repère central reste la protection de sa santé et de sa dignité au travail.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Selon des psychologues, 9 signes discrets montrent qu’un collègue est narcissique : voici comment réagir au bureau est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.