
Dans la région des Grands Lacs, en Amérique du Nord, des données accumulées sur plusieurs décennies bouleversent les connaissances sur un poisson ancien.
Le magazine scientifique brésilien Super rapporte qu’une étude publiée dans le Journal of Fish Biology avance une estimation surprenante pour certains esturgeons de lac. L’un d’eux, observé dans le Michigan, aurait vécu plus de quatre siècles. Les chercheurs invitent malgré tout à poursuivre les travaux pour confirmer ces résultats hors normes.
Un esturgeon mâle estimé à 435 ans
L’animal concerné est un esturgeon de lac, dont le nom scientifique est Acipenser fulvescens. Cette espèce vit dans les eaux douces d’Amérique du Nord, surtout dans le bassin des Grands Lacs, situé entre les États-Unis et le Canada.
Les scientifiques ont estimé qu’un mâle capturé dans la rivière Black, dans l’État américain du Michigan, avait atteint 435 ans. Cette estimation dépasse largement le précédent âge record connu pour l’espèce. Une femelle étudiée dans le cadre des mêmes recherches aurait, elle, vécu 292 ans.
Le spécimen mâle évalué à 435 ans aurait traversé la Révolution française, la Seconde Guerre mondiale et les attentats du 11 septembre 2001.
Jusqu’ici, les chercheurs situaient généralement l’espérance de vie de l’esturgeon de lac entre 50 et 100 ans. Les nouvelles données suggèrent des écarts très marqués selon les individus. L’âge médian des mâles serait compris entre 87 et 215 ans, tandis que celui des femelles se situerait entre 90 et 248 ans.
Ces chiffres ne signifient pas que tous les esturgeons de lac vivent deux ou quatre siècles. Ils montrent que certains individus, notamment les plus grands, pourraient atteindre des âges bien supérieurs à ceux autrefois retenus.
Une méthode adaptée aux poissons sans écailles
Déterminer l’âge d’un poisson sauvage reste un exercice délicat. Pour de nombreuses espèces, les biologistes examinent les anneaux visibles sur les écailles. Ces marques peuvent donner une indication sur les périodes de croissance, un peu comme les cernes d’un arbre.
L’esturgeon de lac ne possède pas d’écailles. Les scientifiques utilisaient donc les rayons épineux de ses nageoires pectorales pour tenter de compter les anneaux de croissance. Cette technique montre vite ses limites chez un poisson qui grandit lentement et vit très longtemps.
Au fil des années, les anneaux peuvent se rapprocher au point de devenir impossibles à distinguer. Ils peuvent aussi ne plus se former de manière lisible. Les estimations fondées uniquement sur ces structures risquent alors de sous-évaluer fortement l’âge réel des animaux.
Quarante-quatre années de suivi
Pour contourner cette difficulté, les auteurs ont exploité les relevés de milliers d’esturgeons collectés entre 1980 et 2024. Cinq cours d’eau de la région des Grands Lacs étaient concernés :
- la rivière Black ;
- la rivière Sturgeon ;
- la rivière Menominee ;
- la rivière Sainte-Claire ;
- le lac Winnebago.
À chaque capture, les poissons étaient identifiés, mesurés et marqués sous la peau, avant d’être relâchés. Lorsqu’un même animal était repris plusieurs années plus tard, les équipes pouvaient comparer sa taille avec les mesures précédentes.
Les chercheurs ont ainsi calculé une vitesse moyenne de croissance annuelle. Ils ont mesuré la différence de longueur entre la première et la dernière capture, puis ont rapporté cette évolution au nombre d’années écoulées. Ces données de capture, marquage et recapture ont permis d’établir de nouvelles estimations d’âge.
Selon Edward Baker, l’un des auteurs de l’étude, les plus grands poissons capturés dans chaque population ne représentent pas forcément l’âge maximal que l’espèce peut atteindre.
Le chercheur a déclaré au magazine américain Smithsonian Magazine que des mâles et des femelles plus grands, donc potentiellement plus âgés, pourraient encore exister. Il estime aussi que les deux sexes peuvent peut-être atteindre une longévité maximale proche.
Le torpeur, une piste pour comprendre cette longévité
Les scientifiques avancent une hypothèse biologique : le torpeur. Cet état correspond à une très forte réduction de l’activité métabolique et physiologique. Il aide certains animaux à supporter des conditions difficiles, comme un froid intense ou un manque de nourriture.
Chez l’esturgeon de lac, cette faculté pourrait contribuer à ralentir certains mécanismes liés au vieillissement. L’étude ne présente pas cette piste comme une réponse définitive. Elle ouvre plutôt une voie de recherche pour comprendre comment une espèce d’eau douce peut traverser autant de générations humaines.
L’esturgeon de lac appartient à une lignée très ancienne. L’espèce existe depuis plus de 200 millions d’années, soit depuis l’époque des dinosaures. Les adultes mesurent couramment entre 1,2 mètre et 1,8 mètre, pour un poids compris entre 13,6 et 36,3 kilogrammes selon les données citées dans l’article.
Quelle place pour les esturgeons en France ?
La France abrite elle aussi un esturgeon indigène : l’esturgeon européen, Acipenser sturio. Cette espèce n’est pas l’esturgeon de lac nord-américain. Elle est notamment associée au bassin de la Gironde, de la Garonne et de la Dordogne.
L’esturgeon européen fait l’objet de mesures de protection, car ses populations ont subi de fortes pressions liées à la dégradation des habitats, à la pêche et aux obstacles qui gênent la circulation des poissons. Les esturgeons ont besoin de pouvoir rejoindre certains secteurs pour accomplir leur cycle de vie et se reproduire.
Le résultat américain rappelle l’intérêt des suivis réalisés sur le très long terme. Un poisson vivant plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’années, ne peut pas être étudié avec les seules observations d’une saison. Le marquage, la recapture et la comparaison des mesures constituent des outils précieux pour suivre l’évolution d’une population sans retirer durablement les animaux de leur milieu.
Un record parmi les poissons d’eau douce
Si les estimations se confirment, l’esturgeon de lac deviendrait le poisson d’eau douce affichant la longévité la plus élevée connue. Il ne détrône pas pour autant le requin du Groenland parmi les vertébrés : certains de ces requins peuvent atteindre près de 500 ans.
La différence tient aussi aux milieux de vie. Le requin du Groenland vit dans les eaux froides de l’Atlantique Nord, tandis que l’esturgeon de lac fréquente des rivières et des lacs nord-américains. Dans les deux cas, une croissance lente et des conditions environnementales particulières pourraient jouer un rôle dans leur durée de vie exceptionnelle.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Un poisson de plus de 400 ans dans un lac entre les États-Unis et le Canada : ce que révèle une recherche inédite est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.