
Aux Pays-Bas, durant l’hiver glacial de 1795, des soldats français à cheval ont atteint une flotte néerlandaise immobilisée par la glace.
L’épisode de Den Helder, souvent appelé la bataille du Texel, alimente depuis plus de deux siècles une image saisissante : celle de cavaliers capturant des navires de guerre. Le média scientifique IFLScience revient sur cette histoire réelle, dont les récits les plus spectaculaires ont largement dépassé ce que les archives permettent d’affirmer.
Une flotte bloquée près de Den Helder
L’hiver 1794-1795 fut particulièrement rude dans le nord de l’Europe. Aux Pays-Bas, les canaux, les bras de mer et les zones portuaires ont gelé durant une longue période. Près de Den Helder, à l’extrémité nord du pays, une escadre néerlandaise se retrouva ainsi prisonnière des glaces, au niveau de Nieuwediep, face à l’île de Texel.
Au même moment, l’armée française progressait dans les Provinces-Unies. Le pouvoir néerlandais était déjà fragilisé par de profondes divisions politiques. D’un côté se trouvaient les soutiens du stathouder Guillaume V ; de l’autre, les partisans du mouvement patriote, favorables à des réformes et proches des révolutionnaires français.
Le 18 janvier 1795, Guillaume V quitta Scheveningen pour la Grande-Bretagne. Dès le lendemain, la République batave fut proclamée. Ce nouveau régime, allié à la France révolutionnaire, remplaça l’ancienne République des Provinces-Unies.
La prise de la flotte ne s’explique pas seulement par la glace : l’effondrement politique et les ordres de ne pas résister ont pesé lourd dans l’issue de l’affaire.
Le général Jean-Charles Pichegru apprit que les bâtiments néerlandais ne pouvaient plus naviguer. Il chargea Johan Willem de Winter, ancien officier de marine néerlandais passé au service de la France, d’empêcher la flotte de fuir ou de tomber aux mains des Britanniques.
De Winter marcha vers Den Helder avec des troupes françaises, dont un régiment de hussards. Ces cavaliers légers étaient réputés pour leur rapidité et leur mobilité. Dans la nuit du 23 janvier 1795, les soldats français arrivèrent dans la zone où les navires étaient immobilisés.
Des hussards face à des canons
La scène semble presque invraisemblable. Les récits populaires décrivent des cavaliers galopant sur la mer gelée, sabre au clair, pour encercler une flotte de guerre. Certains témoignages affirment que les chevaux auraient eu les sabots enveloppés de tissu afin de progresser sans bruit sur la glace.
La réalité paraît moins théâtrale, sans être moins étonnante. Les navires ne formaient pas une cible sans défense. Les sources ne s’accordent pas totalement sur leur nombre : quatorze bâtiments sont souvent cités, tandis que l’historien néerlandais J. C. de Jonge en recense quinze, dont onze armés et en état de naviguer.
L’ensemble aurait compté près de 850 canons. Une attaque directe aurait donc été très risquée pour des hommes exposés sur une surface glacée, sans la protection d’un navire, sans échelle adaptée et sans artillerie suffisante pour aborder efficacement les bâtiments.
- La flotte était immobilisée par l’épaisseur de la glace.
- Les équipages néerlandais disposaient d’un armement considérable.
- Les autorités néerlandaises avaient déjà demandé à leurs forces de ne pas combattre les Français.
- Le changement de régime rendait toute résistance militaire beaucoup plus incertaine.
Le matin suivant l’arrivée française, plusieurs hussards se seraient approchés de l’Admiraal Piet Heyn, navire placé sous l’autorité temporaire du capitaine Hermanus Reintjes. Un chirurgien embarqué sur le Snelheid, identifié sous le nom d’Ahlé, a laissé un témoignage repris par J. C. de Jonge.
« Samedi matin, mon domestique m’a informé qu’un hussard français se tenait près de notre navire. J’ai regardé par le sabord et, effectivement, un hussard se tenait là », a raconté Ahlé.
Une prise davantage politique que militaire
Le 21 janvier, soit deux jours avant l’arrivée des Français, les autorités néerlandaises avaient déjà ordonné à leurs forces armées de ne pas attaquer les troupes en progression. Cette instruction changeait tout. Les marins pouvaient se défendre, mais le cadre politique ne favorisait plus une bataille.
Selon le récit de J. C. de Jonge, les hussards et les officiers néerlandais seraient parvenus à un accord temporaire dans l’attente de nouvelles consignes. Une autre version fut livrée bien plus tard par le général français Jean-Guillaume de Lahure.
En février 1846, plus de cinquante ans après les faits, Lahure expliqua dans une lettre publiée par un journal qu’il avait pris position dans les dunes avant l’aube avec des tireurs et une unité de cavalerie légère. Il affirma que les navires avaient préparé leurs défenses avant de se rendre.
« La flotte fut prise. Les marins nous reçurent à bord avec bienveillance », a assuré Jean-Guillaume de Lahure, qui attribuait l’opération à un chef de bataillon âgé de 23 ans.
Son témoignage ne permet pas de déterminer avec certitude l’ampleur d’éventuels combats. J. C. de Jonge le jugeait globalement compatible avec son propre récit, tout en envisageant que Lahure ait amplifié son rôle dans l’opération.
Cinq jours après l’arrivée des Français, les officiers et les marins de la flotte jurèrent d’obéir aux ordres français, de maintenir la discipline navale et de ne pas prendre la mer sans autorisation. Les navires conservèrent alors leur pavillon néerlandais. Ils ne devinrent pas immédiatement des bâtiments français.
Le regard français sur cet épisode
Pour la France, cette affaire s’inscrit dans l’avancée des armées révolutionnaires vers le nord de l’Europe. Les soldats français n’ont pas conquis seuls une flotte par la force de leurs montures. Ils ont profité d’une situation exceptionnelle : des navires immobilisés, une transition de pouvoir aux Pays-Bas et des consignes qui limitaient la résistance.
Il n’existe pas d’équivalent direct dans l’histoire militaire française contemporaine : une flotte de guerre moderne ne peut évidemment pas être immobilisée de cette manière dans un port français par le gel d’une mer entière. L’épisode rappelle surtout le rôle déterminant que peuvent jouer la météo, la géographie et la crise politique dans une opération militaire.
Comment la légende des cavaliers a grandi
Avec le temps, l’affaire de Den Helder est devenue une histoire de cavalerie victorieuse contre une marine de guerre. Des récits français ont renforcé cette image, en insistant sur la charge, la vitesse et l’audace des hussards.
L’écrivain écossais A. G. M. Macdonell a ainsi évoqué, dans un ouvrage consacré à Napoléon et à ses maréchaux, des hommes en haillons lancés à cheval sur la glace pour prendre la flotte néerlandaise l’épée nue. Cette vision spectaculaire a durablement marqué les mémoires.
Les faits établis racontent une histoire différente, mais tout aussi singulière. Une flotte lourdement armée se trouvait bel et bien bloquée par la glace. Des cavaliers français se sont bien approchés des navires. La reddition est intervenue dans un contexte où le pouvoir néerlandais changeait de camp.
Un hussard était un cavalier léger, employé notamment pour la reconnaissance, les déplacements rapides et les actions de harcèlement. Face à une flotte, son rôle ne consistait normalement pas à mener un assaut naval. C’est précisément ce décalage entre la fonction des soldats et la nature de leur cible qui rend l’épisode de 1795 si marquant.
La glace a offert un passage inattendu vers les navires, sans supprimer le danger. Si les équipages avaient reçu l’ordre de combattre, les Français auraient dû affronter des canons installés sur plusieurs bâtiments. À Den Helder, les circonstances politiques ont donc probablement compté davantage que la charge de cavalerie devenue célèbre dans les récits ultérieurs.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
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