Une supercolonie de fourmis invasives ronge le sous-sol d’un quartier entier : « Le combat n’est plus gagnable », reconnaissent les habitants

Dans le sud-ouest de l’Allemagne, une fourmi invasive s’installe sous les rues, les jardins et les habitations d’un quartier entier.

À Karlsruhe, dans le Bade-Wurtemberg, les habitants de Neureut font face à une prolifération hors norme de Tapinoma magnum. Le quotidien allemand WELT rapporte que cette espèce, déjà présente dans de nombreuses communes de la région, a formé sous ce quartier une supercolonie dont l’éradication paraît désormais inaccessible.

Une colonie installée sur 100 hectares

À Neureut, la fourmi ne se limite plus à quelques nids dans un jardin ou sous une terrasse. La zone colonisée couvrirait près de 100 hectares. Selon Karen Eßrich, qui suit ce dossier pour la ville de Karlsruhe, des milliards d’insectes pourraient vivre sur place.

La plupart restent cachés dans le sol. Environ un cinquième de la colonie serait visible en surface. C’est là que les habitants mesurent l’ampleur du problème : les fourmis grimpent sur les jambes, envahissent les bras, les terrasses et les pièces des maisons. Les aspirateurs et les appâts classiques ne suffisent plus à reprendre le contrôle.

« Le combat n’est plus gagnable », affirme Karen Eßrich, qui juge impossible d’éliminer complètement cette supercolonie.

L’objectif de la municipalité a donc changé. Il ne s’agit plus de faire disparaître toutes les fourmis, mais de freiner leur progression vers d’autres rues et d’autres communes. Une tâche qui mobilise déjà les services publics pendant une grande partie de l’année.

De l’eau à 110 degrés contre les nids

Les équipes des espaces verts de Karlsruhe interviennent avec un véhicule équipé d’un dispositif projetant de l’eau très chaude. Richard Blantz, employé du service, dirige une lance vers les fissures des murs et les sols sableux qui les bordent. L’eau atteint 110 degrés.

Le traitement vise les fourmis, leurs larves et leurs nids installés dans les interstices. Après le passage du jet, des milliers d’insectes dérivent dans les flaques. Le travail doit être répété, rue après rue, du printemps à la fin de l’automne, et parfois durant l’hiver.

Cette méthode ressemble à une lutte sans fin. Les colonies de Tapinoma magnum comptent de nombreuses reines. Elles peuvent aussi occuper un vaste réseau de galeries souterraines, ce qui complique toute intervention limitée à un seul terrain.

Des dégâts visibles sur les équipements

La nuisance ne relève pas seulement du confort quotidien. Les fourmis creusent et déplacent le sable sous les revêtements. À Karlsruhe comme dans d’autres villes concernées, des bordures de trottoir s’affaissent et des joints de murs se fragilisent.

À Kehl, autre commune allemande touchée, les insectes ont pénétré dans des coffrets de distribution. Cette intrusion a perturbé l’accès à internet. Un terrain de jeux a aussi dû être temporairement fermé. Lorsque les galeries se multiplient sous une terrasse, un mur ou un cheminement, les coûts de réparation peuvent s’ajouter à ceux de la lutte contre les insectes.

  • Les fourmis peuvent investir les fissures des murs et des terrasses.
  • Elles fragilisent les sols sableux situés sous certains aménagements.
  • Elles peuvent se rapprocher d’installations électriques ou techniques.
  • Leur présence continue pèse sur la vie quotidienne des riverains.

Des habitants épuisés par une présence permanente

L’invasion bouleverse aussi la vie privée. Andreas Martens, directeur de l’institut de biologie de l’École supérieure pédagogique de Karlsruhe, évoque des personnes qui renoncent à partir en vacances, souffrent de troubles du sommeil ou vivent très mal la présence constante des insectes.

L’expert Manfred Verhaagh raconte qu’une habitante du Palatinat aurait vendu sa maison avant de partir vivre à Tenerife, tant la situation lui paraissait insupportable. Ce témoignage illustre le sentiment d’impuissance ressenti dans les secteurs les plus infestés.

Dans le Bade-Wurtemberg, près de 90 communes auraient déjà signalé la présence de l’espèce, d’après le ministère de l’Environnement du Land et Manfred Verhaagh. Le climat relativement doux et les terrains parfois sableux de la plaine du Rhin favoriseraient son installation.

Des pièges pour les propriétés privées

Les collectivités ne peuvent pas agir seules. Une supercolonie ne s’arrête pas aux limites d’une parcelle. Si un terrain privé demeure fortement colonisé, les fourmis peuvent repartir vers les espaces voisins après le traitement d’une rue ou d’un parc.

Andreas Martens a mis au point un piège pensé pour les particuliers. Il repose sur des blocs creux recouverts d’une bâche noire. L’espèce apprécie les endroits secs et peut y déplacer une partie de sa colonie, y compris du couvain et, idéalement, des reines.

Le principe est de concentrer les fourmis dans un abri artificiel afin de pouvoir retirer le bloc et le vider dans un seau d’eau additionnée de liquide vaisselle.

Cette technique ne promet pas l’élimination totale d’une colonie. Elle peut contribuer à réduire localement la pression, à condition d’être intégrée à une action suivie et coordonnée avec les services compétents.

Une facture déjà lourde pour les villes allemandes

À Kehl, la lutte engagée depuis 2023 représente environ 50 000 euros de dépenses annuelles pour les services municipaux. La ville a aussi acheté un appareil à eau chaude pour 60 000 euros. Elle avait auparavant recours à des entreprises extérieures, une solution jugée peu efficace.

À Nürtingen, la municipalité avait déjà dépensé 14 000 euros cette année et prévoyait un budget total de 25 000 euros. Karlsruhe a consacré 120 000 euros à l’acquisition de son véhicule équipé, sans compter les salaires des agents ni les travaux de réparation sur les trottoirs endommagés.

Depuis mai, les équipes de Karlsruhe interviennent sans interruption. Karen Eßrich estime que les moyens actuels restent insuffisants. La ville envisage de renforcer ses effectifs à partir de mars ou avril 2027. Chaque équipe supplémentaire représenterait environ 250 000 euros annuels de dépenses de personnel.

Quelle situation en France ?

Tapinoma magnum est également présente en France, où elle fait partie des fourmis pouvant former de vastes colonies. Pour un particulier confronté à une invasion inhabituelle et durable, la première précaution consiste à conserver des photographies nettes des insectes, des nids et des dégâts éventuels, sans manipuler inutilement les installations électriques ou les éléments fragilisés.

La mairie peut orienter les habitants lorsque le problème touche l’espace public, des murs communs, une voirie ou plusieurs propriétés voisines. Sur un terrain privé, un professionnel de la lutte contre les nuisibles peut évaluer l’ampleur de l’infestation. L’identification de l’espèce compte : toutes les fourmis ne présentent pas le même comportement ni les mêmes risques pour les aménagements.

Pourquoi le sous-sol devient un enjeu

Une supercolonie désigne un ensemble de nids reliés, occupés par un très grand nombre d’ouvrières et de reines. Contrairement à une colonie isolée, elle peut s’étendre sur de longues distances et se reconstituer depuis des zones qui n’ont pas été traitées.

Dans le cas de Karlsruhe, la bataille se joue donc autant sous les pavés qu’à la surface. Les fourmis visibles sur une terrasse ne représentent qu’une petite partie d’un réseau souterrain beaucoup plus vaste. C’est cette organisation qui rend la situation de Neureut si difficile à maîtriser.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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