Des rats mangent du chocolat et émettent un cri que l’oreille humaine ne perçoit pas : ce que ce son révèle sur le plaisir animal

Au Japon, des chercheurs ont observé un signal sonore inaudible pour l’être humain chez des rats mangeant du chocolat.

Cette piste pourrait aider à mieux évaluer les émotions animales sans recourir uniquement à l’observation de leur comportement. Le média scientifique en ligne Earth.com rapporte les résultats d’une équipe de l’université de Fukui, publiés le 1er octobre 2026 dans la revue eNeuro.

Un son lié à la consommation de chocolat

Les rats communiquent fréquemment à des fréquences que l’oreille humaine ne peut pas percevoir. Parmi ces vocalisations ultrasonores, certaines sont déjà associées au jeu, à l’accouplement ou à la rencontre d’un élément apprécié par l’animal.

Les scientifiques japonais se sont intéressés à un autre type de cri, émis pendant la prise alimentaire. Ils ont constaté qu’un son particulier apparaissait lorsque les rats mâles mangeaient du chocolat au lait. Sa fréquence se situe autour de 40 kilohertz, bien au-delà de la plage d’audition humaine.

Le signal observé dessine une courbe dont la fréquence monte puis redescend, une forme décrite comme un « U inversé ».

Les recherches antérieures avaient déjà identifié un appel plat, à la tonalité stable, lorsque les rats mâchaient leurs granulés habituels. L’équipe voulait savoir si un aliment jugé plus attirant pouvait provoquer une vocalisation différente, et pas seulement augmenter le nombre de cris.

Des enregistrements réalisés par paires

Les chercheurs ont travaillé sur 80 rats mâles, installés deux par deux. Ce choix s’explique par le fait que les rats vocalisent davantage lorsqu’ils ne sont pas seuls. Chaque cage a été placée dans une enceinte insonorisée équipée d’un microphone capable de capter les ultrasons et de deux caméras.

Après dix minutes sans nourriture nouvelle, les expérimentateurs ont introduit un bocal contenant 20 bonbons au chocolat au lait, soit environ 20 grammes. Les animaux n’avaient pas été privés de nourriture avant l’essai.

Un logiciel nommé DeepSqueak a analysé les enregistrements et repéré 7 909 vocalisations dans les dix premières paires étudiées, au cours de trois séances avec du chocolat. Les scientifiques ont ensuite employé un modèle statistique pour distinguer les sons produits avant et après l’arrivée de l’aliment.

  • Un premier appel, déjà connu, présentait une fréquence stable.
  • Un second appel suivait une trajectoire montante puis descendante.
  • Ces deux signaux se situaient autour de 40 kilohertz.

Une synchronisation étroite avec la mastication

Le résultat le plus frappant tient au moment où les cris étaient entendus. Dans le premier groupe, 97,2 % des vocalisations en U inversé sont survenues dans la seconde suivant une morsure ou une mastication de chocolat. C’était aussi le cas de 91,9 % des appels plats.

Les auteurs ont renouvelé l’expérience avec 22 nouvelles paires de rats. Onze paires ont reçu du chocolat, les onze autres un bocal vide. En l’absence de chocolat, les appels associés à cette période sont devenus presque inexistants. Le phénomène ne semble donc pas simplement lié au passage du temps ou à l’ouverture de l’enceinte.

Dans ce second essai, 96,6 % des appels en U inversé ont également été enregistrés dans la seconde suivant une bouchée.

Le rôle du système opioïde étudié

Pour aller plus loin, l’équipe a administré de la naloxone à certaines paires avant une séance. Ce médicament bloque les récepteurs sur lesquels agissent les opioïdes produits naturellement par le cerveau. Il est notamment utilisé pour inverser les effets d’un surdosage aux opioïdes.

La naloxone n’a pas modifié la rapidité avec laquelle les rats se dirigeaient vers le chocolat. Les animaux en ont en revanche mangé moins et ont vocalisé moins souvent. Après prise en compte de la quantité réellement consommée, seul l’appel en U inversé restait nettement réduit. L’appel plat ne suivait pas la même évolution.

« Lorsque les rats mangent quelque chose de délicieux comme du chocolat, ils émettent un appel ultrasonore distinct que les humains ne peuvent pas entendre », explique Koshi Murata, membre de l’équipe de recherche.

Selon lui, la chute de ce cri lorsque le système opioïde lié au plaisir est bloqué suggère que les rats pourraient exprimer vocalement le fait d’apprécier leur nourriture. Cette interprétation reste une hypothèse scientifique à confirmer.

Le chocolat davantage associé à ce cri que les granulés

Les chercheurs ont aussi comparé le chocolat avec des granulés alimentaires ordinaires. Huit paires ont reçu, lors de journées distinctes, 40 grammes de chocolat ou la même quantité de nourriture habituelle pendant deux heures.

Les rats ont consommé des volumes comparables dans les deux situations. Pourtant, les appels en U inversé étaient plus fréquents avec le chocolat. Les appels plats et les autres catégories de vocalisations restaient, eux, à un niveau similaire quel que soit l’aliment proposé.

Lorsqu’ils ont eu le choix entre les deux aliments, 15 rats sur 16 se sont tournés vers le chocolat. Dans des travaux précédents consacrés aux granulés ordinaires, le cri en U inversé était extrêmement rare, avec une fréquence inférieure à 1 % de celle de l’appel plat. Dans cette étude, il atteignait près de la moitié de cette fréquence.

Ce que cette recherche peut changer en France

En France, les travaux utilisant des animaux à des fins scientifiques sont encadrés par la réglementation européenne et nationale. Les projets doivent notamment être examinés au regard du principe des « trois R » : remplacer les animaux lorsque cela est possible, réduire leur nombre et raffiner les méthodes afin de limiter leur souffrance.

Un indicateur sonore non invasif pourrait intéresser les équipes qui étudient l’alimentation, la douleur, les émotions ou les effets de certains traitements chez les rongeurs. Écouter les vocalisations évite, en théorie, de multiplier certaines manipulations destinées à évaluer l’état interne d’un animal. Il ne permet pas, à lui seul, de savoir précisément ce qu’il ressent.

Des limites encore nombreuses

L’étude ne permet pas d’affirmer avec certitude que le rat qui vocalise est celui qui mange. Le microphone enregistrait les deux animaux présents dans la cage, sans pouvoir attribuer chaque cri à un individu précis.

Les 80 rats étaient tous des mâles. Les chercheurs n’ont pas encore établi si les femelles, les rats vivant seuls ou ceux installés dans des groupes plus importants présentent le même comportement. La dose de naloxone utilisée était aussi élevée et pourrait avoir eu des effets qui ne se limitent pas aux récepteurs opioïdes.

Le cri peut également traduire l’anticipation de l’aliment, le soulagement après une attente ou une réaction sensorielle liée à la texture, plutôt que le plaisir gustatif seul. Les prochaines expériences devront comparer des aliments différents par leur teneur en sucre, en matières grasses et par leur goût.

Les chercheurs veulent aussi déterminer si cette vocalisation transmet une information aux autres rats. Certains primates, comme les macaques rhésus, émettent déjà des appels particuliers lorsqu’ils trouvent une nourriture qu’ils apprécient, telle que la noix de coco. Chez les rats, il reste à savoir si le son en U inversé constitue un simple signal lié à l’acte de manger ou une forme de communication sur la qualité de la nourriture.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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