
Dans le Pacifique Sud, des chants de baleines à bosse révèlent une organisation sonore étonnamment proche de certains mécanismes des langues humaines.
Les enregistrements étudiés proviennent de Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud. Le magazine scientifique américain Scientific American rapporte que deux travaux publiés dans des revues scientifiques mettent en évidence plusieurs régularités statistiques dans les vocalisations de cétacés, sans pour autant assimiler leur chant à un langage humain.
Une règle statistique connue dans toutes les langues humaines
Les langues humaines diffèrent par leurs sons, leurs alphabets et leurs règles grammaticales. Elles partagent pourtant certaines propriétés mesurables. L’une des plus connues porte le nom de loi de Zipf sur la fréquence.
Son principe est simple : le mot le plus fréquent d’une langue apparaît environ deux fois plus souvent que le deuxième mot le plus utilisé, trois fois plus souvent que le troisième, et ainsi de suite. Cette répartition ne dépend pas du sens précis des mots. Elle décrit la façon dont les unités d’un système de communication se distribuent dans l’usage.
Une équipe de recherche a analysé, sur huit années, des chants de baleines à bosse enregistrés en Nouvelle-Calédonie. Les scientifiques ont relevé que leurs séquences sonores suivaient elles aussi très étroitement cette loi statistique.
Les chants de baleines à bosse ne sont pas une langue humaine, mais leur organisation présente des régularités que l’on croyait surtout associées aux langues.
Pour parvenir à ce constat, les chercheurs ont dû franchir un obstacle majeur : déterminer quelles portions de sons pouvaient jouer un rôle comparable à des mots. Cette comparaison reste limitée, car ces segments ne semblent pas porter de signification autonome, contrairement aux mots employés par les humains.
La méthode inspirée de l’apprentissage des bébés
Les chants de baleines forment un flux continu de sons, composé de gémissements, de cris et d’autres vocalisations. Il n’existe pas de séparation visible entre des unités équivalentes à des mots. Les chercheurs se sont donc inspirés d’un mécanisme utilisé par les nourrissons lors de l’apprentissage de la parole.
Un bébé entend lui aussi une suite sonore ininterrompue. Pour repérer les frontières entre les mots, il apprend progressivement quelles combinaisons de sons sont habituelles et lesquelles sont rares. Une transition inhabituelle peut signaler qu’un mot vient de se terminer et qu’un autre commence.
Les chercheurs ont appliqué ce principe aux chants de baleines, en utilisant les probabilités de transition entre les sons. Une fois les vocalisations découpées selon cette méthode, la loi de Zipf s’est révélée très nette.
- Les séquences ont été séparées à partir des transitions sonores rares.
- Les unités ainsi obtenues ont été classées selon leur fréquence.
- Leur répartition correspondait à la loi observée dans les langues humaines.
- Mille versions mélangées au hasard des données n’ont pas produit le même résultat.
Cette dernière vérification compte beaucoup. Elle indique que la structure mise au jour ne semble pas découler d’une simple coïncidence statistique liée au volume des enregistrements.
Une surprise pour les équipes de recherche
Inbal Arnon, psychologue à l’Université hébraïque de Jérusalem et coauteure d’une des études, estime que ces résultats invitent à ne pas considérer le langage humain comme un phénomène entièrement séparé des autres systèmes de communication.
Ellen C. Garland, spécialiste du chant des baleines à l’Université de Saint Andrews, en Écosse, a fait part de la surprise de l’équipe face à cette concordance. Les chercheurs envisageaient la possibilité de retrouver de telles structures, sans s’attendre à une correspondance aussi frappante.
Deux autres lois repérées chez les cétacés
Un autre travail scientifique s’est intéressé à deux régularités supplémentaires. La première est la loi de brièveté. Dans les langues humaines, les mots fréquemment utilisés tendent à être plus courts que les mots rares. La seconde, appelée loi de Menzerath, décrit un phénomène différent : lorsqu’une construction linguistique s’allonge, ses éléments constitutifs ont tendance à raccourcir.
Le chercheur Mason Youngblood, rattaché à l’Université Stony Brook aux États-Unis, a relevé ces deux tendances dans les vocalisations de baleines. Elles apparaissaient particulièrement nettement dans les chants des baleines à bosse, tout en étant également présentes chez d’autres espèces de baleines.
Ces lois décrivent une manière de transmettre beaucoup d’informations en limitant le temps et l’énergie nécessaires à la production des sons.
Cette efficacité peut présenter un intérêt évident chez les espèces qui apprennent et transmettent des séquences vocales. Un signal bien organisé peut être plus facile à retenir, à reproduire et à partager au sein d’un groupe.
Pourquoi humains et baleines pourraient converger vers les mêmes structures
Humains et baleines à bosse sont séparés par une très longue histoire évolutive. Leur dernier ancêtre commun vivait il y a environ 100 millions d’années et ne possédait évidemment ni langage humain ni chant de baleine. Les ressemblances relevées ne signifient donc pas que ces capacités viennent directement d’une même origine.
Elles pourraient refléter une convergence : face à des contraintes similaires d’apprentissage et de transmission, des espèces très éloignées peuvent aboutir à des formes d’organisation comparables.
Simon Kirby, spécialiste des sciences cognitives à l’Université d’Édimbourg, avance que des signaux structurés de cette façon peuvent être plus faciles à apprendre. Si les individus mémorisent mieux certaines organisations sonores, celles-ci ont davantage de chances d’être reprises d’une génération à l’autre.
Les baleines à bosse appartiennent aux espèces dont les productions vocales peuvent s’apprendre socialement. Elles ne reposeraient donc pas seulement sur un programme génétique fixe. Les oiseaux chanteurs, certaines chauves-souris, les éléphants, les phoques et les dauphins figurent aussi parmi les animaux étudiés pour leurs capacités d’apprentissage vocal.
En France, la protection des cétacés reste un enjeu concret
La Nouvelle-Calédonie constitue un espace majeur pour l’observation des baleines à bosse pendant leur présence dans le Pacifique Sud. Les travaux fondés sur des enregistrements acoustiques rappellent l’intérêt de préserver des milieux marins suffisamment calmes pour permettre l’étude de ces animaux.
Dans les eaux françaises, les cétacés sont notamment concernés par les nuisances sonores sous-marines liées aux activités humaines. Les moteurs, les travaux en mer et le trafic maritime peuvent modifier les conditions dans lesquelles les animaux communiquent, se repèrent ou maintiennent leurs liens sociaux.
Les résultats sur l’organisation des chants ne permettent pas d’affirmer que les baleines échangent des phrases comparables aux nôtres. Ils soulignent en revanche que leurs productions sonores répondent à des contraintes complexes et qu’elles méritent d’être étudiées comme des comportements élaborés.
Le chant n’est pas un langage au sens humain
Les scientifiques appellent à la prudence. Ellen C. Garland le dit sans ambiguïté : le chant des baleines n’est pas un langage. Les appels de ces animaux transmettent vraisemblablement des informations, mais les éléments isolés dans les chants ne paraissent pas avoir un sens indépendant.
Les humains peuvent combiner des mots pour produire une infinité de messages nouveaux. Rien ne permet d’établir que les baleines à bosse disposent d’une telle capacité. Un chant entier semble porter une fonction ou une information, tandis que ses fragments n’ont pas le statut de mots dotés d’une signification propre.
La comparaison avec la musique aide à comprendre cette nuance. Une œuvre musicale peut aussi respecter des régularités statistiques sans constituer une langue. Elle organise des motifs, des répétitions et des variations, sans que chaque note corresponde à une idée précise.
Pour Luke Rendell, biologiste à l’Université de Saint Andrews qui n’a participé à aucune des deux études, ces résultats pourraient éclairer les formes que peut prendre une communication complexe chez différentes espèces. La loi de Zipf pourrait ainsi servir d’indice d’un système vocal transmis par apprentissage culturel.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
L’article Le chant des baleines à bosse obéit à une règle cachée des langues humaines : la découverte qui bouscule les scientifiques est apparu en premier sur Keops-ingenierie.fr.