Un seul lémurien au monde chante, et il utilise exactement la même technique vocale qu’une soprano professionnelle

À Madagascar, un primate discret des forêts humides adapte l’ouverture de sa bouche à la hauteur de ses notes.

Cette observation, publiée le 22 septembre 2026 par le média scientifique Earth.com, éclaire d’un jour nouveau les capacités vocales de l’indri, un lémurien menacé qui vit dans l’est de Madagascar.

Un chant qui traverse la canopée malgache

L’indri est le seul lémurien connu pour chanter. Dans les forêts tropicales de l’est de Madagascar, il vit en petits groupes familiaux qui occupent et défendent une portion de territoire. Ses vocalises servent notamment à signaler cette présence aux groupes voisins, à travers une végétation dense et humide.

Mâles et femelles participent à ces chants. Chaque note peut durer d’une à quatre secondes et sa hauteur varie pendant l’émission. Assemblées, ces notes forment des séquences audibles à longue distance dans la canopée.

Chez l’indri, plus la note est aiguë, plus l’ouverture de la bouche augmente.

Ce lien rappelle une technique bien connue chez les chanteurs humains entraînés. Lorsqu’une soprano monte dans les aigus, elle ouvre davantage la bouche. Ce geste modifie les résonances du conduit vocal, c’est-à-dire le passage de l’air entre le larynx et les lèvres. Le son peut alors gagner en puissance et porter plus loin sans demander forcément davantage d’air.

Les scientifiques ont observé le même principe physique chez ce lémurien sauvage. Il s’agit de la première preuve quantitative directe montrant qu’un primate chanteur coordonne ainsi l’ouverture de sa bouche et la hauteur de sa voix.

Des images analysées image par image

Les chercheurs ont étudié 83 enregistrements vidéo d’indris sauvages. Les séquences provenaient de onze groupes et de dix-neuf animaux filmés entre 2008 et 2024, dans la forêt de Maromizaha et dans la réserve de Mitsinjo, à Madagascar.

Les équipes se tenaient à une distance comprise entre 10 et 25 mètres des animaux. Une contrainte majeure, car les indris chantent souvent haut dans les arbres, derrière des branches et des feuilles. Ils ne survivent pas en captivité, ce qui rend les études directes particulièrement difficiles.

Pour exploiter ces vidéos, Filippo Carugati, de l’université de Turin, et ses collègues ont adapté un programme capable d’identifier des repères anatomiques sur le visage. Le logiciel suit treize points, dont le centre de la lèvre supérieure et celui de la lèvre inférieure. La distance entre ces deux points permet d’estimer l’ouverture de la bouche.

Les chercheurs ont aussi annoté manuellement 630 images supplémentaires, tirées de 63 nouveaux extraits, afin d’améliorer la précision du modèle. Des feuilles, des angles de prise de vue imparfaits ou des branches pouvaient toutefois perturber le suivi automatisé. Au total, 2 106 images ont dû être écartées après vérification humaine.

« La force de la méthode tient précisément au fait que nous n’avons pas eu à examiner manuellement chaque image », a expliqué Filippo Carugati à Earth.com.

Une relation mesurée sur des milliers d’images

Après ce tri, l’analyse a porté sur 3 598 images issues de 23 vidéos montrant douze indris. Les fréquences vocales observées s’étendaient de 573 à 1 238 hertz. Les notes les plus hautes dépassaient donc plus du double des plus basses.

Le résultat est net : l’écartement des lèvres progresse avec la fréquence du son. Les chercheurs n’ont pas relevé de différence entre les sexes sur ce point, alors que les chants des mâles et des femelles peuvent différer selon d’autres critères.

« C’est le type de coordination fine entre la voix et le corps que nous associons habituellement aux chanteurs humains entraînés, pas à un lémurien chantant dans la canopée », a déclaré Chiara De Gregorio, de l’université de Warwick.

Des modèles de crânes pour comprendre les résonances

Voir un indri ouvrir la bouche ne suffisait pas à expliquer précisément les effets acoustiques de ce mouvement. Les chercheurs avaient besoin d’estimer la forme du conduit vocal, une mesure impossible à réaliser chez un animal vivant dans ces conditions.

Ils ont donc utilisé deux moulages en résine de crânes d’indris. L’un provenait d’un crâne trouvé en 2003 dans la réserve spéciale d’Analamazaotra. Les scientifiques ont simulé différentes ouvertures de mâchoire, allant de 0,2 à 5 centimètres.

Ils ont ensuite rempli les cavités avec une pâte composée d’eau, de sel, de farine et d’huile minérale. Cette méthode a permis de reconstituer la colonne d’air présente dans le conduit vocal. Les données ont été intégrées à un logiciel de modélisation acoustique.

  • Quand la bouche s’ouvre davantage, certaines résonances augmentent.
  • Deux de ces résonances suivent les fréquences produites par les indris.
  • Cette adaptation pourrait aider le chant à se propager dans une forêt très dense.

« Cela compte beaucoup pour un animal qui doit être entendu à travers une canopée de forêt tropicale dense et humide », a souligné Filippo Carugati.

Une solution déjà observée chez d’autres animaux

L’indri n’est pas le seul animal à ajuster son appareil vocal pour communiquer à distance. Les loups gris abaissent leur mâchoire lorsqu’ils hurlent. Les souris sauterelles modifient également certains paramètres de leurs appels lointains. Les baleines à bosse, elles, peuvent faire varier la hauteur de leur voix au cours de leurs chants.

Chez les primates, un précédent existait chez le gibbon à mains blanches. En 2012, des scientifiques avaient enregistré son chant dans l’air puis dans un mélange contenant de l’hélium. Ce gaz augmente les résonances du conduit vocal. Les différences relevées entre les deux enregistrements suggéraient déjà un réglage acoustique de ce conduit.

L’indri et le gibbon sont éloignés dans l’arbre évolutif des primates. Leur ressemblance vocale intéresse donc les chercheurs : des espèces très différentes peuvent aboutir séparément à une même réponse pour résoudre un même problème, celui de faire porter un signal sonore sur une longue distance.

Ce que cette étude apporte en France

En France, l’indri n’est pas une espèce présente à l’état sauvage. Cette recherche intéresse pourtant les spécialistes français de la bioacoustique, de l’évolution et de la conservation, car elle montre comment l’analyse vidéo peut documenter le comportement d’animaux difficiles à approcher.

La bioacoustique étudie les sons produits, reçus et utilisés par les êtres vivants. Elle permet notamment de suivre des espèces dans leur habitat sans les capturer ni les perturber durablement. Dans le cas des indris, les chants peuvent renseigner sur l’occupation d’un territoire et la présence de groupes familiaux.

Cette approche revêt un enjeu particulier pour les lémuriens de Madagascar, dont plusieurs espèces sont menacées par la disparition et la fragmentation des forêts. Un suivi par l’image et le son peut offrir des données précieuses là où l’observation directe reste rare.

Des limites qui appellent de nouvelles observations

L’étude ne permet pas encore d’affirmer que l’indri ouvre volontairement la bouche pour ajuster son chant. La corrélation entre l’ouverture de la bouche et la hauteur de la note est solide, mais elle ne tranche pas la question de l’intention.

Les vidéos donnent aussi une vision en deux dimensions d’une tête qui bouge dans l’espace. Un animal tourné de côté peut fausser les mesures. Les lèvres, la gorge et d’autres éléments du conduit vocal influencent également les résonances.

Les chercheurs n’ont jamais pu observer l’intérieur de la gorge d’un indri pendant qu’il chante. Le logiciel utilisé peut toutefois être adapté à d’autres espèces, à condition de disposer d’images nettes où le visage de l’animal reste visible. Dans les forêts tropicales, cette condition représente déjà un défi considérable.

L’étude complète a été publiée dans la revue scientifique PLOS Computational Biology.

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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